Dernièrement, à Technopol, on se prenait le chou pour distinguer les éléments constitutifs du DJ, comme on nous le demande…
Rebecca Le Chuiton de la Chambre Syndicale des Cabarets Artistiques et des Discothèques a publié une petite fiche synthétique qui peut éclairer la lanterne des organisateurs de soirées qui ne connaissent pas la législation et les artistes qui hésitent encore sur leur statut.
De plus, un contrôle URSSAF a posé un grave problème à Circus Company qui avait organisé une soirée de label au Nouveau Casino. La loi dit que tout artiste qui se produit devant un public une oeuvre doit être salarié et les charges sociales devaient être versées. L’avocat choisi, Maxime Janzani de Manswell, a brillament défendu la cause de l’artiste, « celui qui amène un supplément d’âme » par son art, et démontré devant des jurés et des juges esbaudis qu’un DJ est un artiste. A contrario, un des DJs de la soirée incriminée était le boss du label Perlon qui venait faire sa promotion et n’est pas DJ de métier. La cour d’appel a accepté la chose et autorisa de ne pas le qualifier artiste. Visitez son site.
Trouvez ici un arrêt sur la présomption de salariat entre le DJ et l’employeur et reconnaissance du DJ comme artiste : lien.
Il reste donc encore à faire avancer la cause des artistes électroniques, DJs ou pas, de pouvoir facturer sans avoir à être salarié (comme cela se pratique couramment sur le terrain) et ajouter DJ dans la liste des professions entrant dans l’intermittence, comme le désirent les artistes professionnels ne voulant pas être en société ou en libéral.
La route est longue, Technopol reste sur les rangs.
Les Croisières Électro, le musée virtuel et musical sur Seine produit par Technopol dans le cadre des Nuits Capitales, ont été une expérience des plus positives. Le projet a été mené rapidement (en moins de deux mois !) alors qu’une telle production requiert au moins six mois. Il faut se poser tant sur l’aspect artistique que sur les questions techniques. Néanmoins, grâce à l’enthousiasme d’Henri Maurel, Technopol a accepté de produire le projet proposé par Matthieu Jaussaud et initié par Laurent Queige, directeur de cabinet de Jean-Bernard Bros, adjoint au Maire de Paris en charge du Tourisme et des Médias Locaux.
Les Croisières Électro ont réuni les labels Tigersushi, Trax Magazine, Lola (ex Freak n’Chic) et Record Makers. Ma belle sœur (Jessica Diomède) a eu la bonne idée de motiver Record Makers, qui nous a offert un live de qualité, à savoir Turzi Live Experience, que vous pouvez rapidement apprécier en vidéo.
Romain Turzi réussit l’exploit de déplacer ses machines analogiques partout, même sur un bateau. La croisière fut d’une sérénité totale, un avant-goût du désert au beau milieu de la Seine…
La Techno Parade 2010 s’inscrit dans la droite ligne des années pionnières des années 90 à l’heure des mutations dans les pratiques culturelles liées aux nouvelles technologies : une nouvelle vague prend les manettes des chars, on dit adieu au « star système » et aux DJs « tête de gondole », chaque acteur devient en soi son propre média.
Les artistes, DJs pour la plupart, quelques lives sont annoncés par certains, comme celui de Detroit Grand Pubah avec MC (la classe !), sont des nouveaux venus. C’est le résultat de plusieurs mouvements de fond. D’abord, comme les moyens de création musicale et de distribution ont permis à une multitude d’individus de devenir artiste (même amateur, terme qui fait horreur à certains « vrais » artistes…), les vecteurs naturels des musiques électroniques (et des musiques actuelles) sont de plus en plus de nouveaux venus. C’est le perpétuel recyclage-renouvellement de la scène électronique, une nouvelle frontière artistique voire pour certains une nouvelle utopie à l’heure de la mondialisation culturelle de planète via la toile. Dans ce contexte mutant, l’anonymat reste un des fondamentaux des cultures issues de la techno et de la house : on édite des « white labels » sans aucune information, on se produit sur scène avec des masques (Underground Resistance, Daft Punk), on fait la fête dans les champs et sous les étoiles, on joue à cache-cache sur la toile, on se produit à la Techno Parade de Paris… Back to the rave !
L’écroulement de l’économie du disque, et de la culture formatée, qui va de pair avec le monopole des poseurs de tuyaux, des fabricants de matériel (Apple), de Google et de tout l’éco-système de la mobilité et des jeux vidéos, favorise elle aussi la disparition d’un certain star système. Seuls quelques élus, la plupart des artistes de « back catalogue » (sauf Lady Gaga…), deviennent à leur tour des stars, parce ce que des labels ont investi sur elles dans les années 90 et début 2000. En musique aussi l’investissement durable paie.
L’édition Techno Parade 2010 est donc une plate-forme pour des artistes nouveaux. Vous nous direz dans les années futures si nous nous sommes trompés. En tout cas Technopol y croit et est déjà dans l’électro du futur.
LE FAMEUX FLASHMOB QUI A REMPLACÉ LE CARRÉ DE TÊTE
Ayant vu le film à l’avant-première organisée par FG DJ Radio lundi 2 mars où quelques acteurs notables du PACS et du droit des gays étaient présents grâce à l’entregent d’Henri Maurel, j’ai pu voir un film, un biopic comme on dit, qui remue pas mal les tripes et qui a été multi oscarisé dernièrement. Selon mon ami Fabrice, c’est le meilleur film de Gus van Sant depuis Elephants. C’est dire !
L’acteur Sean Penn crève l’écran. Il l’a franchement explosé en tant que réalisateur avec Into The Wild, l’excellent film qu’il a sorti l’année dernière. Sean Penn interprète le rôle d’Harvey Milk, un commis d’assurance qui quitte New York et son placard pour San Francisco et le beau sourire de Scott, rencontré le soir de son 39e anniversaire dans le métro. La scène est très drôle. On aimerait tous rencontrer un Scott pareil au coin d’un couloir, c’est quand même plus sympa que ces « rezos » à la noix. Harvey Milk explose son placard et celui du quartier de Castro qui devient un bloc dédié aux gays et non plus qu’aux Irlandais de San Francisco. On assiste à la prise de conscience de ce couple, mais aussi celle de tout un réseau de gens, la « société des amis » chère à Aristote en quelque sorte, qui accompagne Harvey Milk dans ses multiples candidatures de « supervisor » (conseiller municipal) à la Mairie de San Francisco. Mettez en toile de fond le contexte de la croisade chrétienne anti gay d’Anita Briant, une ex mannequin de Floride qui pourchasse les arrêtés en faveur des gays et la violence homophobe de l’époque, la poursuite de la lutte pour les droits civiques, et vous aurez une épopée qui donne des frissons dans le dos, tellement on se sent concerné par une telle flamboyante démarche, sanctionnée par un assassinat de sang froid d’un autre conseiller municipal rancunier et médiocre.
Scott
« Les temps ont changé » comme dirait Cole Porter. On aimerait vivre un tel militantisme de nos jours, faut il encore avoir un but véritable et savoir mobiliser les énergies humaines. La lutte pour l’égalité des droits des LGBTIQ (Lesbian Gay Bi Trans Intergenre Queer) a réussi en France, même si le mariage gay est loin d’être obtenu au désespoir de certain-e-s, et dans l’Union Européenne. Le combat est ailleurs, dans les 2/3 des pays du globe qui ont refusé de dépénaliser l’homosexualité (oups), et, même si la communauté LGBTIQ est parfois chiante à mourir de banalités et de normalité, on peut craindre que le communautarisme religieux ne gâche pas nos libertés chèrement acquises, même en France…
Manifestation sur Castro Street
Un petit mot sur le militantisme. Que faire quand les buts sont atteints ? La question s’est posée dans les associations LGBTIQ, suite au PACS, qui atteste de l’utilité de la créativité sociale du style de vie gay et qui est un « plus » pour toute la société. Certaines assos continuent leur existence en demandant toujours plus. Résultat, la Marche des Fiertés est devenue, sur la partie associative du cortège, aussi sexy qu’une convention de reprèsentants en machine à laver.
Je m’interroge par conséquent sur le militantisme à Technopol (où j’ai essayé de faire quelque chose pendant 11 ans), association de défense des professionnels et des amateurs de musiques électroniques. Les problèmes ont changé, la « diabolisation » de la techno n’est plus et Technopol ne se justifie plus par une aide concrète apportée aux acteurs électroniques dans leur contentieux (annulation de soirée pour excès de pouvoir). À moins de créer des problèmes de toute pièce, la mobilisation a disparu. La mise à jour de l’objet social d’une association est indispensable quand les objectifs ont été atteints. Cela suppose une prise de conscience et un principe de réalité pour définir des actions utiles aux acteurs présents.
Et pour finir, l’après midi même, je croise Didier Lestrade dans le bus. Je crois qu’on ne s’est jamais vus ailleurs qu’en club ou rave dans les 90s, vu qu’il est parti soigner les primevères dans son pays de Cocagne depuis quelques années. Encore un hasard, croiser un aussi grand militant que Didier des causes gay et anti-VIH avant d’aller voir Harvey Milk, je peux penser que Dieu est « sensible ».
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