Une Marche des Fiertés, une chorale et Stonewall

Pas peu fier de cette réussite !

Ma dernière dédicace à l’esprit Rosa Bonheur : la chorale sur le podium de la Marche des Fiertés

Sinon il y a beaucoup à dire sur cette édition de la Marche des Fiertés avec ses 90 chars, réunissant aussi les Goudues sur Roues que Google France. Quelle réussite ! Évidemment, toute réussite crée des jalousies, des critiques et des énervements, sauf qu’à New York les contestataires, ou du moins, les radicaux ont réussi à organiser un autre cortège, ce qui n’est pas le cas à Paris.

Il est assez affligeant de voir les critiques pleuvoir sur l’Inter LGBT par de beaux esprits trop élégants pour mettre la main à la pâte, passer des heures en AG à discuter avec des mili-tant-e-s en fusion perpétuelle et se retirer les deux doigts du fessier parfois. Il est vrai que l’affiche, dévoilée seulement moins d’une semaine avant la date, est le point culminant d’un certain manque d’exigence (pour rester poli). Cependant, la Marche existe, avec son podium. Il reste des tonnes de choses à faire : avoir des personnalités comme soutien, créer une bourse pour financer des projets audacieux d’action lors du défilé, avoir une politique d’accueil des visiteurs (là je ne parle pas de rombières américaines mais d’acteurs n’ayant pas les moyens de venir), etc.


Tourisme LGBT et autres aspects

Il est étrange de constater que la parution du dernier Spartacus Travel Index n’ait suscité aucune réaction d’aucun-e élu-e ou du si discret “ministère” du Tourisme. Cet index existe depuis 1970 et permet aux visiteurs LGBTIQ+ de choisir sa destination en fonction de critères objectifs, tels que l’homophobie, les lois en faveur des personnes LGBTIQ+ et friendly, etc. La France chute de 11 places dans le classement 2019 au motif des violences homophobes et le report de la loi portant sur la PMA… La France partage la 17e position avec quatre autres pays désormais. C’est dire que la situation devient préoccupante du point du vue des observateurs étrangers, mais ce n’est absolument pas le cas pour les acteurs français du tourisme, secteur qui constitue pourtant près de 7% du PIB. L’augmentation patente, ou du moins la vigilance accrue qu’on porte aux violences homophobes, traduit également une certaine insécurité même pour les citoyen-nes concerné-e-s.

Spartacus Gay Travel Index

Le tourisme est une des industries les plus dynamiques du pays, la France accueillant près de 60M de visiteurs annuels et la destination Paris Ile de France rien moins que 30M. Le tourisme n’en demeure pas moins une action interministérielle un peu floue de l’action de l’État, la compétence est partagée entre Bercy et le quai d’Orsay. C’est Jean-Baptiste Lemoyne qui a la délégation au ministère des Affaires Étrangères.

À propos de tourisme LGBTIQ+ , seule la Ville de Paris engage une série d’actions avec le rapport remis par le conseiller de Paris Jean-Luc Romero en juin 2017 à Anne Hidalgo. Ce rapport a 52 propositions aussi bien symboliques avec la sanctuarisation de IDAHO (International Day Against Homophobia) que mémorielles avec la question des Archives LGBTIQ+ ou vraiment touristiques avec la promotion de la destination auprès des publics cibles à l’étranger. On ne peut que regretter, qu’une fois de plus, Paris fasse cavalier seule.

Il y a donc un chantier très conséquent devant nous, pour nous acteurs du tourisme ou simples citoyens et élu-e-s. Sans imaginer un seul instant que LGBTIQ+ ne désigne uniquement un “marché”, tel qu’il a été si rêvé dans les années 90 et 00, la question du tourisme LGBTIQ+ devrait occuper les préoccupations de nombreuses instances, et pas que quelques villes qui font figure de militantes comme Nice (avec son Queernaval) ou Paris.

Aujourd’hui vendredi 17 mai 2019, la principale action issue du rapport est « Prix LGBTQI international de la Ville de Paris ». Il y a bien sûr l’appel à projet pour le centre d’archives LGBTQI proposé par Emmanuel Grégoire qui est en cours. J’y reviendrai plus tard…

Jacques de Bascher, un faune « fin de siècle »

Jacques de Bascher n’est pas le personnage le plus évident dans l’histoire contemporaine. Il serait à la littérature ce qu’a été Robert de Montesquiou pour Proust : un papillon de nuit, voire un ara aux ailes aspergées de Mouchoir de Monsieur (le parfum commandé à Guerlain par de Montesquiou…).

C’est une fable de la bourgeoisie française catapultée dans la jet set Disco et dans le sillage de Karl Largerfeld.

Ces deux photos sont assez saisissantes. On pourrait reprendre le nom de la rubrique de feu Michel Cressol « Une folle à ma fenêtre »… Le hasard fait que Montesquiou et Bascher ont paradé chacun-e à une ouverture de fenêtre en grand équipage.

Pourquoi parler de Jacques de Bascher ici ?

« Moratoire noir(e) marque un tournant de la culture gay et de la culture club. les bars, sex clubs, saunas et tea dance 100% masculin se développent. Cette nouvelle vague d’établissements propose des espaces dédiés où la consommation de sexe est possible à toute heure du jour et de la nuit. »

Jacques de Bascher, dandy de l’ombre, éditions Seguier

Moratoire noir(e) ou la dernière grande fête organisée par Jacques le 24 octobre 1977 ou la première plus grande fête gay de la fin du XXe siècle en France, bien avant les fêtes Gai Pied des années 80 (dont j’ai vécu la fin…) et la multiplication des clubs gay des Halles. Et en plus ce club était à Montreuil. Il fallait être visionnaire, et ce avant l’ouverture du Palace…

La lecture de la biographie de Marie Ottavi est également une fabuleuse introduction à l’intimité de Karl Lagerfeld. Cet homme avait fait le choix de nier le sexe :

« On évite toute jalousie, toute compétition, estime t il. On s’est débarrassé de la pesanteur inéluctable que l’on connaît dans une histoire d’amour classique. Ainsi on peut vivre l’amour absolu, insouciant et léger, puisque le cul n’y joue aucun rôle. J’y crois beaucoup ».

Marie Ottavi a eu la chance extrême d’interviewer Karl sur son grand amour. Elle obtint ainsi les seules confidences du très secret Karl sur cette relation, qu’il mena jusqu’au terme de la mort de Jacques en 1990, décédé à l’hôpital de Garches sans avoir bénéficié de l’AZT… Alors que les Archives LGBTQI sortent enfin de l’obscurité (voir le projet de Centre), Karl a brûlé les tonnes de vêtements (quand on pense qu’il pouvait avoir dix versions différentes d’un même modèle…) et les affaires personnelles de Jacques après son décès. Jacques, un faune de fin de siècle en quelque sorte…

C’est pourquoi la fugacité de la vie terrestre, son extrême vacuité, est parfaitement illustrée dans cette épitaphe posthume, véritable bulle de champagne ou trace de cocaïne fossilisée d’un temps révolu. Cela me fait penser aux élégances 1900 qui se rangeaient derrière les artifices décoratives des Barbares selon Maurice Barrès (Sous l’œil des barbares), les extravagances d’un Montesquiou et je ne parle pas de Lorrain et de son éther…

Merci Marie, merci de ce moment triste et profond sur la superficialité de la vie.

À lire : Jacques de Bascher par Marie Ottavi

Kamil aka Yoshi

C’est triste. On en parlait pourtant parfois des excès divers et variés qu’on peut faire en milieu festif… Les accidents arrivent plus vite qu’on ne pense et Kamil le savait. Il avait bien connaissance de ne pas mener une existence d’un ermite ou d’un maître yogi, mais de là à ce que le coeur lâche…

Kamil Bendida connu dans notre communauté de fêtards cosmiques sous le pseudo de Yoshi Hitchcock a fait ses adieux hier au Crématorium du Père Lachaise dans une ambiance lumineuse, comme si les Dieux farceurs nous baignaient de leur subtile chaleur par des rayons caressants nos esprits hagards.

Message à un ami disparu

Aujourd’hui, samedi 1er mars 2019, c’est le 41e anniversaire de l’ouverture du Palace et l’occasion de partager une photo de Denis Germain *. Grâce à lui, j’ai pu faire mon éducation au Palace dès 1988, découvrir d’un coup les créatures, l’Acid House et les mondanités modasses avec les soirées French Kiss de Jean-Claude Lagrèze. À cette époque je mixais rock psychédélique dans les fêtes de BDE et organisais une soirée dans une cave de Bastille avec un certain Franck. Denis a invité un certain Manu Casana, je découvris les premiers The Shamen, Stakker Humanoid, Adamsky, GTO… La suite logique de cette amitié a été la création du fanzine eDEN en 1992 puis l’aventure FG à partir d’octobre 1993. Bref, c’est toute une adolescence parisienne qui transparaît dans cette photo. Un jour je ferai un hommage avec les Archives LGBTQl. Il le mérite vraiment.

* Très étonnant, le profil Facebook de Denis Germain n'a pas été supprimé par la famille.