Licence d’entrepreneur de spectacles : l’Europe a tué Napoléon et Pétain

Il est incroyable d’imaginer combien un pays peut conserver des lois obsolètes par atavisme. Il en est ainsi de la licence d’entrepreneur de spectacles, une de nos gloires en matière d’exception culturelle. Née en 1864 d’un décret impérial pour tuer dans l’œuf la contestation et les complots, qui naissaient alors dans les théâtres, cette mesure a fait le bonheur de différents gouvernements jusqu’à aujourd’hui.

En 1941, l’État Français grave dans le marbre le contrôle à priori de la culture avec la licence d’entrepreneur de spectacles.

En 1945 l’ordonnance n° 45–2339 du 13 octobre du Gouvernement Provisoire de la République Française oblige encore la demande à l’État de la licence.

En 1999 la licence se mue en système de lutte contre le travail clandestin, de versement des redevances de droit d’auteur et de structuration de la profession.

En 2011 le ministère de la Culture découvre l’Europe : une simple déclaration préalable pour les entrepreneurs de spectacles ressortissants d’un État membre de l’Union Européenne ou de l’Espace Économique Européen suffit désormais (note).

En 2019, la licence devient une déclaration en ligne, qui requiert encore des documents et un renouvellement triennal. La non détention ne génère plus de peines pénales, mais des amendes administratives.

Mais voilà, on a beau faire, notre système n’est pas toujours compatible avec les principes de l’Union Européenne, en l’occurrence la directive « services » de 2006. La jurisprudence a déjà forcé l’administration à autoriser la rémunération des artistes européens selon les règles de leur pays d’origine (arrêt Nouveau Casino), ce qui a contrevenu ainsi à la sacro-sainte présomption de salariat.

La réforme engagée en 2019 met donc en application la directive de 2006 mais garde encore une petite « usine à gaz » pour garantir le salariat des artistes et techniciens, le paiement des taxes, les redevances de droit et un œil sur la Culture.

Plus d’information

Les drogues, cet autre monde

Début 2018, plusieurs incidents dus à la consommation de NPS (Nouveaux Produits de Synthèses), des drogues de synthèse que n’importe qui peut acheter facilement sur Internet, comme le GHB, le GBL et un millier d’autres molécules alambiquées que des laboratoires clandestins fabriquent dans le monde, ont occupé l’espace médiatique.

Illustration avec ce reportage de France 3 Ile de France dans lequel je prends la parole pour le Collectif Action Nuit.

Deuxième reportage : une catastrophe éditoriale qui ne peut que donner envie de voter RN à tout être humain qui regarde cette enquête à charge, seule la dernière intervention est objective et non pathétique.

Depuis le début de septembre 2019, le Collectif Action Nuit prend la parole et soutient une pétition en vue de MOINS DE RÉPRESSION, PLUS DE PRÉVENTION.

Lettre ouverte à Emmanuel Macron

Tribune

Communiqué de presse du CAN

Début 2019, suite à des incidents et le décès d’un jeune homme (le fils d’une amie…) survenu en club, l’association PlaySafe a proposé à la MILDECA des actions de prévention adaptées aux nouveaux usages.

Non seulement la MILDECA ne répond pas aux proposition, malgré des déclarations d’intention en réunion à Matignon, mais l’une de ses responsables, Madame Ruth Gozlan, affirme dans un reportage avoir agi en conséquence et déclare que la Préfecture de Police a initié une action avec Google. Très élégant de récupérer les idées et les contacts des autres.

Regardez le reportage sur le ChemSex

Une Marche des Fiertés, une chorale et Stonewall

Ma dernière dédicace à l’esprit Rosa Bonheur : la chorale sur le podium de la Marche des Fiertés

Sinon il y a beaucoup à dire sur cette édition de la Marche des Fiertés avec ses 90 chars, réunissant aussi les « Goudues sur Roues » que Google France. Quelle réussite ! Évidemment, toute réussite crée des jalousies, des critiques et des énervements, sauf qu’à New York les contestataires, ou du moins, les radicaux ont réussi à organiser un autre cortège, ce qui n’est pas le cas à Paris. La Pride de Nuit n’est plus.

Il est assez affligeant de voir les critiques pleuvoir sur l’Inter LGBT par de beaux esprits trop élégants pour mettre la main à la pâte, passer des heures en AG à discuter avec des mili-tant-e-s en fusion perpétuelle et se retirer les deux doigts du fessier parfois. Il est vrai que l’affiche, dévoilée seulement moins d’une semaine avant la date, est le point culminant d’un certain manque d’exigence (pour rester poli). Cependant, la Marche existe, avec son podium. Il reste des tonnes de choses à faire : avoir des personnalités comme soutien, créer une bourse pour financer des projets audacieux d’action lors du défilé, avoir une politique d’accueil des visiteurs (là je ne parle pas de rombières américaines mais d’acteurs n’ayant pas les moyens de venir), etc.

Ci dessous les chars Google et Visit Britain, le premier constitué de stagiaires en punition le samedi obligés à se coltiner un char sans âme et le 2e plutôt réussi. L’agence touristique gouvernementale touristique Atout France devrait en prendre de la graine…

Sur le front du Collectif des Archives LGBTQI, le coma estival est propice à la gestation de nouveaux projets, suite au refus du collectif de candidater à l’appel d’offres de la Ville de Paris à l’exploitation d’un local de stockage. Les motifs ont été exprimés le 3 juin 2019 au Centre LGBTQI Ile de France lors d’une conférence de presse : « le modèle proposé aujourd’hui par les institutions publiques patrimoniales et la mairie de Paris déposséderait la communauté LGBTQI de ses archives, l’excluant du processus d’écriture de son histoire, de ses mémoires et accentuant son invisibilisation. ».

Il reste désormais au Collectif de rebondir intelligemment de concert avec les partenaires de bonne volonté, ce qui peut tout à fait se produire. Cela n’empêche pas le projet Fréquence Gaie de voir le jour, puisque c’est avant tout un projet transmedia.


Tourisme LGBT et autres aspects

Il est étrange de constater que la parution du dernier Spartacus Travel Index n’ait suscité aucune réaction d’aucun-e élu-e ou du si discret “ministère” du Tourisme. Cet index existe depuis 1970 et permet aux visiteurs LGBTIQ+ de choisir sa destination en fonction de critères objectifs, tels que l’homophobie, les lois en faveur des personnes LGBTIQ+ et friendly, etc. La France chute de 11 places dans le classement 2019 au motif des violences homophobes et le report de la loi portant sur la PMA… La France partage la 17e position avec quatre autres pays désormais. C’est dire que la situation devient préoccupante du point du vue des observateurs étrangers, mais ce n’est absolument pas le cas pour les acteurs français du tourisme, secteur qui constitue pourtant près de 7% du PIB. L’augmentation patente, ou du moins la vigilance accrue qu’on porte aux violences homophobes, traduit également une certaine insécurité même pour les citoyen-nes concerné-e-s.

Spartacus Gay Travel Index

Le tourisme est une des industries les plus dynamiques du pays, la France accueillant près de 60M de visiteurs annuels et la destination Paris Ile de France rien moins que 30M. Le tourisme n’en demeure pas moins une action interministérielle un peu floue de l’action de l’État, la compétence est partagée entre Bercy et le quai d’Orsay. C’est Jean-Baptiste Lemoyne qui a la délégation au ministère des Affaires Étrangères.

À propos de tourisme LGBTIQ+ , seule la Ville de Paris engage une série d’actions avec le rapport remis par le conseiller de Paris Jean-Luc Romero en juin 2017 à Anne Hidalgo. Ce rapport a 52 propositions aussi bien symboliques avec la sanctuarisation de IDAHO (International Day Against Homophobia) que mémorielles avec la question des Archives LGBTIQ+ ou vraiment touristiques avec la promotion de la destination auprès des publics cibles à l’étranger. On ne peut que regretter, qu’une fois de plus, Paris fasse cavalier seule.

Il y a donc un chantier très conséquent devant nous, pour nous acteurs du tourisme ou simples citoyens et élu-e-s. Sans imaginer un seul instant que LGBTIQ+ ne désigne uniquement un “marché”, tel qu’il a été si rêvé dans les années 90 et 00, la question du tourisme LGBTIQ+ devrait occuper les préoccupations de nombreuses instances, et pas que quelques villes qui font figure de militantes comme Nice (avec son Queernaval) ou Paris.

Aujourd’hui vendredi 17 mai 2019, la principale action issue du rapport est « Prix LGBTQI international de la Ville de Paris ». Il y a bien sûr l’appel à projet pour le centre d’archives LGBTQI proposé par Emmanuel Grégoire qui est en cours. J’y reviendrai plus tard…

Jacques de Bascher, un faune « fin de siècle »

Jacques de Bascher n’est pas le personnage le plus évident dans l’histoire contemporaine. Il serait à la littérature ce qu’a été Robert de Montesquiou pour Proust : un papillon de nuit, voire un ara aux ailes aspergées de Mouchoir de Monsieur (le parfum commandé à Guerlain par de Montesquiou…).

C’est une fable de la bourgeoisie française catapultée dans la jet set Disco et dans le sillage de Karl Largerfeld.

Ces deux photos sont assez saisissantes. On pourrait reprendre le nom de la rubrique de feu Michel Cressol « Une folle à ma fenêtre »… Le hasard fait que Montesquiou et Bascher ont paradé chacun-e à une ouverture de fenêtre en grand équipage.

Pourquoi parler de Jacques de Bascher ici ?

« Moratoire noir(e) marque un tournant de la culture gay et de la culture club. les bars, sex clubs, saunas et tea dance 100% masculin se développent. Cette nouvelle vague d’établissements propose des espaces dédiés où la consommation de sexe est possible à toute heure du jour et de la nuit. »

Jacques de Bascher, dandy de l’ombre, éditions Seguier

Moratoire noir(e) ou la dernière grande fête organisée par Jacques le 24 octobre 1977 ou la première plus grande fête gay de la fin du XXe siècle en France, bien avant les fêtes Gai Pied des années 80 (dont j’ai vécu la fin…) et la multiplication des clubs gay des Halles. Et en plus ce club était à Montreuil. Il fallait être visionnaire, et ce avant l’ouverture du Palace…

La lecture de la biographie de Marie Ottavi est également une fabuleuse introduction à l’intimité de Karl Lagerfeld. Cet homme avait fait le choix de nier le sexe :

« On évite toute jalousie, toute compétition, estime t il. On s’est débarrassé de la pesanteur inéluctable que l’on connaît dans une histoire d’amour classique. Ainsi on peut vivre l’amour absolu, insouciant et léger, puisque le cul n’y joue aucun rôle. J’y crois beaucoup ».

Marie Ottavi a eu la chance extrême d’interviewer Karl sur son grand amour. Elle obtint ainsi les seules confidences du très secret Karl sur cette relation, qu’il mena jusqu’au terme de la mort de Jacques en 1990, décédé à l’hôpital de Garches sans avoir bénéficié de l’AZT… Alors que les Archives LGBTQI sortent enfin de l’obscurité (voir le projet de Centre), Karl a brûlé les tonnes de vêtements (quand on pense qu’il pouvait avoir dix versions différentes d’un même modèle…) et les affaires personnelles de Jacques après son décès. Jacques, un faune de fin de siècle en quelque sorte…

C’est pourquoi la fugacité de la vie terrestre, son extrême vacuité, est parfaitement illustrée dans cette épitaphe posthume, véritable bulle de champagne ou trace de cocaïne fossilisée d’un temps révolu. Cela me fait penser aux élégances 1900 qui se rangeaient derrière les artifices décoratives des Barbares selon Maurice Barrès (Sous l’œil des barbares), les extravagances d’un Montesquiou et je ne parle pas de Lorrain et de son éther…

Merci Marie, merci de ce moment triste et profond sur la superficialité de la vie.

À lire : Jacques de Bascher par Marie Ottavi