Aucun commerce LGBTQI du Marais n’est protégé par le PLU

Le feuilleton de la fermeture prochaine de la librairie des Mots À la Bouche dure depuis quelques mois. La lecture du plan local d’urbanisme est sans équivoque. Pour la parcelle cadastrale « 04-AH-0033 » (source), une protection simple s’applique alors qu’elle est renforcée pour les Philosophes, La Belle Hortense, le Théâtre du Point Virgule. Et la carte des demandes administratives d’urbanisme permet de confirmer la demande de modification concernant la parcelle des Mots À La Bouche.

ÉTAT: I
DATE DÉPÔT : 14 janvier 2020
DEMANDEUR : SA DR MARTENS AIWAIR FRANCE
LIBELLE : Déposé le 14/01/2020
ADRESSE : 6 RUE SAINTE CROIX DE LA BRETONNERIE 75004 PARIS
Source

Extrait de la carte des demandes d’autorisation d’urbanisme de moins de 6 mois.

La situation de protection d’autres commerces riverains :

La Belle Hortense 31 Rue Vieille du Temple, 75003 Paris
Référence cadastrale 004AJ0068
Protection renforcée de l’artisanat

Les Philosophes
N°004AJ0170
Protection renforcée de l’artisanat

Théâtre du Point-Virgule
7 Rue Sainte-Croix de la Bretonnerie, 75004 Paris
Parcelle cadastrale : 04-AJ-0042
Protection particulière

Open café
17 Rue des Archives, 75004 Paris
Référence cadastrale 004AF0041
Protection simple

Question : comment Dr Martens peut avoir fait une demande de modification concernant la vitrine ? Il ‘y a qu’une seule réponse : Dr Martens est le nouveau propriétaire du fonds de commerce.

Le modèle économique d’une librairie est délicat, les marges sont réduites du fait du prix unique, ce n’est un mystère pour personne.

Par contre, malgré le « profond » soutien de la Ville de Paris (source), force est de constater qu’aucun commerce communautaire n’est protégé par le PLU. De plus, la Ville n’a pas proposé un site lui appartenant pour la librairie. De plus, cela pourrait être une opportunité de réunir des institutions telles que le Centre LGBT IDF, l’Inter LGBTQI, les Archives LGBTQI… Mais là je rêve total.

Ce n’est pas demain que Paris aura un lieu communautaire suffisamment bien doté en foncier pour lui permettre d’avoir une réelle autonomie financière. Et pourtant l’article de 20 Minutes a raison de s’interroger : « Quid du centre d’archives LGBT ? ». Très sincèrement, la relation de la Ville avec les associations LGBTQI a longtemps été infantile, cela a changé avec Anne Hidalgo. Mais cela n’empêche pas les cafouillages sur le site des Archives et son remplacement par la Maison des Cultures LGBTQI, qui « crispe les associations » (voir Liberation).

Ça c’est Paris !

La nuit a considérablement évolué en Île de France. Les clubs sont parfois fermés administrativement par la préfecture et connaissent une forte concurrence, celle des bars, des concerts, des festivals (l’été surtout) et des collectifs (toute l’année). Les collectifs organisent des fêtes la plupart du temps dans des hangars, où on peut danser, boire et fumer jusqu’au lendemain. C’est eux qui cassent la baraque. Ils ont un succès populaire auprès des vingtenaires et leur créativité est indéniable. Les plus importants sont Possession, Fée Croquer, MYST et il ne faut pas oublier la Péripathe, lieu sous le périphèrique à porte de Pantin, qui, depuis ses débuts connaît un sacré buzz. Officiellement restaurant « freegan », le lieu a cessé d’accueillir des afters courant 2019 et va renaître grâce à Fawa suite à un appel d’offres de la Mairie de Paris.

Photo: ANGST x MYST: The Devil’s Masquerade by Luc Bertrand
Photo: ANGST x MYST: The Devil’s Masquerade by Luc Bertrand

Aujourd’hui se développent des organisateurs qui ont l’approche libertaire des free parties sans en adopter la gratuité et le mode communautaire. Ils déclarent être persécutés par la police. Au lieu de se structurer, comme la plupart des professionnels, comme de nombreux anciens free parteux, les collectifs préfèrent payer des intermédiaires pour « éviter » la police. N’entrent ils dans un jeu incertain et risqué ? Ce schéma a été déjà hautement le cas lors du début des raves à Paris au début des années 90. Les collaborations entre orga et dealers étaient courantes, ce qui, au final, se terminait en désastre, surtout pour les publics.

C’est par une enquête minutieuse du journaliste Hollandais David Wouters publié sur son site Cadence Culture que cette information se révèle. Cet expert des musiques électroniques, intervenant à l’Amsterdam Dance Event, scrute les liens entre musique, tourisme et autres disciplines. Il a suivi le collectif MYST dans l’organisation de la fête de Myst nommée « Chapitre VI: Latex Antique.« . C’est une véritable odyssée dans l’univers des organisateurs qui « font la NUIT ». On y est ! La description des fêtes Myst permet de faire phantasmer les berlinois et londoniens sur nos fameux hangars; lieux propices aux vagabondages les plus fous.

Etude Shotgun sur l'évolution de la demande en fêtes électroniques
Evolution de la vente de tickets de Possession 2015/2017, extrait de l’étude Shotgun.

L’étude de la plate forme de vente de tickets Shotgun révèle également quelques chiffres sur les plus gros vendeurs de tickets. Les plus gros vendeurs comptent le Rex, Concrete mais aussi Féé Croquer et Possession, le projet d’Anne Claire Gallet alias Dactylo et Mathilda von der Meersch. Le tableau des ventes de ticket ci dessus extrait de Shotgun est clair : ça cartonne. Et Boiler Room fête ses dix ans à Paris avec Possession. Un symbole.

Possession

Ces organisateurs ne contribuent pas aux sociétés civiles et à la taxe sur la billetterie, pourtant des outils indispensables au développement et à l’autonomie de l’écosystème musical en France face aux majors US… Payer pour l’utilisation d’œuvres d’artistes qu’on prétend soutenir, ce n’est pas un sacrilège, d’autant plus qu’il est toujours possible de négocier l’assiette et le taux, etc. La diffusion d’œuvres d’artistes non sociétaires, de test pressings, de white labels sont des bases de négociation avec la SACEM et la SPRE (uniquement si on ne salarie pas les artistes et qu’on n’est pas affiliés CNV). De son côté, la taxe sur la billetterie du CNV permet de bénéficier en N+1 de 64% des sommes versées et d’aider d’autres confrères. Bref, sous couvert d’underground, certains organisateurs refusent la solidarité avec les artistes et les confrères.

Par contre, comme chaque bonheur, surtout festif, connaît son alerte sanitaire, l’étude TREND de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) pondère notre enthousiasme collectif:

« Le développement d’une scène festive alternative a bouleversé les repaires. Au nom d’une certaines idéologie libertaire, la consommation de drogues (cocaïne, MDMA/ectasy et kétamine essentiellement) est en effet tolérée par les organisateurs de ces soirées d’un genre nouveau, contrairement à ce qu’il en est dans les établissements festifs commerciaux. L’OFDT observe cependant que, grâce à une bonne connaissance en matière de RdRD de la part des fêtards, les incidents liés à des surdoses y sont rares. »

Journal International de la Médecine

A suivre

Photo: ANGST x MYST: The Devil’s Masquerade par Luc Bertrand

Eden le film par Guillaume Fédou

C’est peu dire qu’à la sortie de la projo d’Eden mercredi 11 novembre 2014d dernier, où je m’étais rendu dans le 8ème (derrière le Queen !) avec Benjamin Diamond, invité comme journaliste free-lance (lot du like), et en glorieuse compagnie de Christophe Vix-Gras et Christophe Monier du fanzine éponyme dans la salle, je me suis trouvé profondément déprimé.

Je ne sais pas si Facebook va pouvoir me servir de psy mais cette histoire de « DJ sans qualité » (kikou Robert Musil) surfant sur la piste bleue d’une descente d’ecsta débouchant sur une « release party» où le jeune Sven retrouve les Daft Gods, lui l’ex-Rowenta de la coke devenu vendeur d’aspirateurs muraux par correspondance et eux en plein jet-lag hollywoodien m’a entièrement vidé de toute substance.

Réaliste jusque dans les scènes de banque, que l’on a toutes et tous connues un jour ici et quelques beaux «peak times» de clubbing millésimé 90’s (la foule new-yorkaise du PS1, extatique), sans oublier le visionnage collectif du film Showgirls chez David Blot/Macaigne qui donnera naissance à un éphémère groupe disco-pop emmené par Estelle Chardac, le film rappelle parfois que nous sommes au CINEMA et que l’on a besoin de pop-corns : en montrant les Daft « grammifiés » devant l’Eternel en post-ados boutonneux, gauches et frêles (l’acteur qui joue Guy-Man aurait facilement pu être au générique des Beaux Gosses avec Lacoste), Mia Hansen-Love nous venge, nous met de son côté : ahaha les robots ne rentrent même pas en club ! Scène véridique (et very disco) et d’ailleurs il leur arrivait aussi que des videurs – pardon des « physios » – leur apprennent que les Daft étaient déjà rentrés dans une soirée vu que n’importe qui d’un peu déterminé à l’époque pouvait se faire passer pour eux (avant le règne d’Instagram).

Mais n’est-ce pas cette justesse et surtout ce réalisme, un instant détouré par les dessins de Mathias Cousin (*) très présents au début d’Eden qui plongent l’ex-clubber que je suis dans un désarroi aussi profond ? Sans doute étais-je trop proche du sujet. J’avais rencontré Sven à l’époque par l’entremise de la belle Katariina, « sociologue des dance-floors » qui réfléchissait plus vite que les strobos. Sven ? Garçon adorable, DJ doué et surtout en phase avec le mouvement alors que mon premier article s’intitulait « la french touch est-elle de droite » m’avait valu la réputation de « premier hater de France » (c) 1999 – alors que je m’attaquais surtout à l’indifférence de la jeunessee dorée sur tranche de l’Ouest parisien aux affaires étudiantes (et oui j’étais de gauche à l’époque, UNEF Dauphine bébé) donc a priori Sven était mieux parti que moi.

Reste que j’étais aussi assidu aux soirées Respect du mercredi que je le serais plus tard à celles du Pulp le jeudi (Style, Paradise Massage etc…) puis les Mercredyz de Guido : à l’époque je voyais Sven comme le Petit Prince de la house parisienne, ma version lumineuse en quelque sorte, moi le rocker indé perdu sur les pistes d’une house bientôt 100% filtrée tandis que lui passait d’un nuage à l’autre… Sur le moment j’en ai voulu à Mia Hansen-Love, dont j’avais pourtant aimé le premier court-métrage « Après mûres réflexions », d’avoir ainsi réduit ma jeunesse à néant. Elle utilise son personnage de Sven comme un couteau suisse pour ausculter les dessous de la «hype » (nom des soirées de Pedro Winner au Fumoir du Palace) et fait correspondre ses errances et ses faiblesses personnelles à celles d’une génération entière (pour une dizaine de réussites certifiées gold platine, combien de nazes ont fini comme Paul/Félix ou moi ? Même si au fond on ne fait que démarrer ce que la suite « Eden 2 » prouvera sans doute… ) Ne sommes-nous capables de rien d’autre ? Trois gimmicks, dix soirées et hop tous au cimetière des platines rouillées ? Quelle est cette génération qui rêve tant d’Amérique qu’elle se rue dans les cauchemardesques raves d’Eurodisney (où les Daft ont pu rencontrer IRL le label Soma car pas de Facetime à l’époque) pour finir avec un Chewbacca géant dans le salon ou en goguette dans le zoo privé de Hugh Hefner ? Sacrés français, dirait Dimitri From Paris. Moralité, il n’est pas utile de savoir qui a tiré le premier, Laurent Garnier à l’Hacienda, les Daft chez Soma, Air et leur Modulor sur Source Lab, ou de savoir si Pansoul de Motorbass est oui ou non LE chef d’oeuvre absolu de la « french touch » (à mon avis, si). Ni de savoir si Arnaud Fleurent-Didier et sa bande de chanteurs aphones intellos (dont je fus) a eu raison de créer « Frenchtouche », et de riposter à l’invasion US avec le discours de Villepin à l’ONU en 2003 revisité François de Roubaix…

On ne refait pas ce match-là, les jeux sont faits, et Eden sera forcément plus utile aux «jeunes » d’aujourd’hui qui n’ont pas connu le fax et le Kobby – et pensent que les Daft sont VRAIMENT des robots après tout. Pour les « fluovioks » il reste la Respect au Queen de mardi soir prochain pour noyer tout ce chagrin, avec Sven et Kerri Chandler aux platines, le temps de vérifier qu’avec Clubbed to Death, Eden ou 24 Hour Party People on peut encore clubber par écrans interposés… Mon dimanche se termine et j’entends déjà résonner le « Hallelujah » des Happy Mondays…

Guillaume Fédou

(*) co-auteur avec David Blot du Chant de la Machine 1&2, soit l’Ancien et le Nouveau testament de la club culture.

Licence d’entrepreneur de spectacles : l’Europe a tué Napoléon et Pétain

Il est incroyable d’imaginer combien un pays peut conserver des lois obsolètes par atavisme. Il en est ainsi de la licence d’entrepreneur de spectacles, une de nos gloires en matière d’exception culturelle. Née en 1864 d’un décret impérial pour tuer dans l’œuf la contestation et les complots, qui naissaient alors dans les théâtres, cette mesure a fait le bonheur de différents gouvernements jusqu’à aujourd’hui.

En 1941, l’État Français grave dans le marbre le contrôle à priori de la culture avec la licence d’entrepreneur de spectacles.

En 1945 l’ordonnance n° 45–2339 du 13 octobre du Gouvernement Provisoire de la République Française oblige encore la demande à l’État de la licence.

En 1999 la licence se mue en système de lutte contre le travail clandestin, de versement des redevances de droit d’auteur et de structuration de la profession.

En 2011 le ministère de la Culture découvre l’Europe : une simple déclaration préalable pour les entrepreneurs de spectacles ressortissants d’un État membre de l’Union Européenne ou de l’Espace Économique Européen suffit désormais (note).

En 2019, la licence devient une déclaration en ligne, qui requiert encore des documents et un renouvellement triennal. La non détention ne génère plus de peines pénales, mais des amendes administratives.

Mais voilà, on a beau faire, notre système n’est pas toujours compatible avec les principes de l’Union Européenne, en l’occurrence la directive « services » de 2006. La jurisprudence a déjà forcé l’administration à autoriser la rémunération des artistes européens selon les règles de leur pays d’origine (arrêt Nouveau Casino), ce qui a contrevenu ainsi à la sacro-sainte présomption de salariat.

La réforme engagée en 2019 met donc en application la directive de 2006 mais garde encore une petite « usine à gaz » pour garantir le salariat des artistes et techniciens, le paiement des taxes, les redevances de droit et un œil sur la Culture.

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