Municipales : haro sur l’électorat LGBTQI à Paris ?

Il est manifeste que le « vote » LGBTQI fait l’objet de grandes attentions de la part de la maire sortante, qui estime être soutenue le plus naturellement du monde par cet électorat.

C’est un électorat des plus virtuels qu’aucune étude d’opinion n’a pas à ce jour confirmé l’existence. Alors que le quartier naturel LGBTQI disparaît sous nos yeux à cause de l’évolution de Paris Centre en zone d’achalandise de luxe, l’exécutif sortant n’a pris aucune mesure de protection des activités d’artisanat et de commerce, comme aurait pu le mériter la librairie Les Mots A La Bouche, et a préféré protéger des bars comme Les Philosophes, La Belle Hortense, Les Étages et le théâtre du Point Virgule.

Rencontre du SNEG & Co (de gauche à droite : Michel Mau (membre du CA), Thibault Jardon (adhérent), Lily Munson (directrice de campagne d’Ariel Weil), Olivier Robert (pdt du Sneg), Ariel Weil, Rémi Calmon (directeur) et Julien Gamber (adhérent).

Il faut lire les réponses des candidats Paris Centre aux questions du syndicat professionnel SNEG & Co (affilié à l’UMIH) pour réaliser le peu de considération quant au commerce LGBT. Ariel Weil explique que les commerces LGBT se répandent dans toute la ville et c’est très bien. Il ne doit pas connaître le PLU. C’est plus le cas de la candidate EELV. Les réponses ne laissent pas deviner une grande maîtrise des dossiers nuits, commerce et LGBTQIA. C’est encore pire à l’écoute du débat du Centre LGBT Ile de France et de l’Inter LGBT à écouter ici. A part Danielle Simmonet, les candidats ne connaissent pas les dossiers dans leur variété et technicité. Ce n’est pas parce qu’on manie la sémantique que le candidat répondra aux attentes exprimées par les associations.


Le rapport sur le tourisme LGBTQI, une des grandes forces de la destination Paris, n’a donné lieu qu’à une réalisation sur les 52 projets listés, la remise du prix de la Ville de Paris le 17 mai, International Day Against Homophobia (IDAHO). Le monument aux morts LGBT et les actions pour soutenir l’écosystème touristique LGBTQI attendront le nouveau mandat et des jours meilleurs.

Meeting du 26 février à l’Elysée Montmartre

Mercredi 26 février, premier meeting d’Anne Hidalgo, première grande promesse qui n’est pourtant qu’un retard d’un projet de l’exécutif sortant : la Maison des Cultures LGBTQI.

Suite au refus de Collectif des Archives LGBTQI d’exploiter un local rue Mahler au motif que l’association, qui elle même réunit près de 50 associations de tout l’hexagone, refuse de se déposséder des archives qui lui seraient confiées, la Mairie a sorti de son chapeau la « Maison des Cultures LGBTQI » en septembre 2019 (lire l’article de Libération).

La Maison des Cultures LGBTQI est donc le sauvetage du mariage raté avec les Archives LGBTQI. Certains acteurs associatifs se sont aussitôt enflammés de célébrer sur les réseaux sociaux.

A quels besoins exprimés répond cette « Maison » ? Les principales associations LGBTQI ont joint leur voix pour demander publiquement (vu la qualité des échanges avec Emmanuel Grégoire et Christophe Girard) à quels besoins répond ce projet, dont au premier chef le Centre LGBT Ile de France. Selon la Mairie, ce projet répond au besoin de «lieu de mémoire, mais surtout un lieu de visibilité et d’animation pour la communauté et toutes les associations qui irriguent la vie militante». A suivre.

De manière générale, ne peut on pas arrêter de prendre les associations LGBTQI pour des quiches ? Ne peut on pas faire confiance à ces associations pour développer un projet de lieu pérenne, autonome financièrement et qui réponde à des vrais besoins ? Sans aller chercher un PPP (partenariat Public Privé) et sans demander des subventions extraordinaires du côté de la Ville, de la Région et de l’État, une mise à dispo avec un conventionnement triennal pourrait amorcer la pompe. Un lieu avec des recettes propres, des aides de fondations, des candidatures à des appels à projets de recherche, des stages de formation (sur la RSS surtout) n’est pas inimaginable. On a bien des exemples d’associations subventionnées à 90% par la Mairie qui ne répondent pas à des besoins et qui ont une mise à disposition et un soutien financier importants…

Aucun commerce LGBTQI du Marais n’est protégé par le PLU

Le feuilleton de la fermeture prochaine de la librairie des Mots À la Bouche dure depuis quelques mois. La lecture du plan local d’urbanisme est sans équivoque. Pour la parcelle cadastrale « 04-AH-0033 » (source), une protection simple s’applique alors qu’elle est renforcée pour les Philosophes, La Belle Hortense, le Théâtre du Point Virgule. Et la carte des demandes administratives d’urbanisme permet de confirmer la demande de modification concernant la parcelle des Mots À La Bouche.

ÉTAT: I
DATE DÉPÔT : 14 janvier 2020
DEMANDEUR : SA DR MARTENS AIWAIR FRANCE
LIBELLE : Déposé le 14/01/2020
ADRESSE : 6 RUE SAINTE CROIX DE LA BRETONNERIE 75004 PARIS
Source

Extrait de la carte des demandes d’autorisation d’urbanisme de moins de 6 mois.

La situation de protection d’autres commerces riverains :

La Belle Hortense 31 rue Vieille du Temple, 75003 Paris
Référence cadastrale 004AJ0068
Protection renforcée de l’artisanat

Les Philosophes, 28 rue Vieille du Temple, 75004 Paris
N°004AJ0170
Protection renforcée de l’artisanat

Théâtre du Point-Virgule
7 rue Sainte-Croix de la Bretonnerie, 75004 Paris
Parcelle cadastrale : 04-AJ-0042
Protection particulière

Open café
17 rue des Archives, 75004 Paris
Référence cadastrale 004AF0041
Protection simple

Et c’est également le cas pour le 37 rue Vieille du Temple (Yono).

Question : comment Dr Martens peut avoir fait une demande de modification concernant la vitrine ? Il ‘y a qu’une seule réponse : Dr Martens est le nouveau propriétaire du fonds de commerce.

Le modèle économique d’une librairie est délicat, les marges sont réduites du fait du prix unique, ce n’est un mystère pour personne.

Par contre, malgré le « profond » soutien de la Ville de Paris (source), force est de constater qu’aucun commerce communautaire n’est protégé par le PLU. De plus, la Ville n’a pas proposé un site lui appartenant pour la librairie. De plus, cela pourrait être une opportunité de réunir des institutions telles que le Centre LGBT IDF, l’Inter LGBTQI, les Archives LGBTQI… Mais là je rêve total.

Ce n’est pas demain que Paris aura un lieu communautaire suffisamment bien doté en foncier pour lui permettre d’avoir une réelle autonomie financière. Et pourtant l’article de 20 Minutes a raison de s’interroger : « Quid du centre d’archives LGBT ? ». Très sincèrement, la relation de la Ville avec les associations LGBTQI a longtemps été infantile, cela a changé avec Anne Hidalgo. Mais cela n’empêche pas les cafouillages sur le site des Archives et son remplacement par la Maison des Cultures LGBTQI, qui « crispe les associations » (voir Liberation).

Le syndicat LGBT Sneg & Co rappelle le fonctionnement d’un bail commercial et lance un appel à ses adhérents.

La presse s’empare du sujet, 20MN fait un historique très précis et le NY Times tire le portrait des exploitants de l’épicerie de la rue Ste Croix de la Bretonnerie.

Breaking news

Une solution a été trouvée pour la librairie, à suivre

Ça c’est Paris !

La nuit a considérablement évolué en Île de France. Les clubs sont parfois fermés administrativement par la préfecture et connaissent une forte concurrence, celle des bars, des concerts, des festivals (l’été surtout) et des collectifs (toute l’année). Les collectifs organisent des fêtes la plupart du temps dans des hangars, où on peut danser, boire et fumer jusqu’au lendemain. C’est eux qui cassent la baraque. Ils ont un succès populaire auprès des vingtenaires et leur créativité est indéniable. Les plus importants sont Possession, Fée Croquer, MYST et il ne faut pas oublier la Péripathe, lieu sous le périphèrique à porte de Pantin, qui, depuis ses débuts connaît un sacré buzz. Officiellement restaurant « freegan », le lieu a cessé d’accueillir des afters courant 2019 et va renaître grâce à Fawa suite à un appel d’offres de la Mairie de Paris.

Photo: ANGST x MYST: The Devil’s Masquerade by Luc Bertrand
Photo: ANGST x MYST: The Devil’s Masquerade by Luc Bertrand

Aujourd’hui se développent des organisateurs qui ont l’approche libertaire des free parties sans en adopter la gratuité et le mode communautaire. Ils déclarent être persécutés par la police. Au lieu de se structurer, comme la plupart des professionnels, comme de nombreux anciens free parteux, les collectifs préfèrent payer des intermédiaires pour « éviter » la police. N’entrent ils dans un jeu incertain et risqué ? Ce schéma a été déjà hautement le cas lors du début des raves à Paris au début des années 90. Les collaborations entre orga et dealers étaient courantes, ce qui, au final, se terminait en désastre, surtout pour les publics.

C’est par une enquête minutieuse du journaliste Hollandais David Wouters publié sur son site Cadence Culture que cette information se révèle. Cet expert des musiques électroniques, intervenant à l’Amsterdam Dance Event, scrute les liens entre musique, tourisme et autres disciplines. Il a suivi le collectif MYST dans l’organisation de la fête de Myst nommée « Chapitre VI: Latex Antique.« . C’est une véritable odyssée dans l’univers des organisateurs qui « font la NUIT ». On y est ! La description des fêtes Myst permet de faire phantasmer les berlinois et londoniens sur nos fameux hangars; lieux propices aux vagabondages les plus fous.

Etude Shotgun sur l'évolution de la demande en fêtes électroniques
Evolution de la vente de tickets de Possession 2015/2017, extrait de l’étude Shotgun.

L’étude de la plate forme de vente de tickets Shotgun révèle également quelques chiffres sur les plus gros vendeurs de tickets. Les plus gros vendeurs comptent le Rex, Concrete mais aussi Féé Croquer et Possession, le projet d’Anne Claire Gallet alias Dactylo et Mathilda von der Meersch. Le tableau des ventes de ticket ci dessus extrait de Shotgun est clair : ça cartonne. Et Boiler Room fête ses dix ans à Paris avec Possession. Un symbole.

Possession

Ces organisateurs ne contribuent pas aux sociétés civiles et à la taxe sur la billetterie, pourtant des outils indispensables au développement et à l’autonomie de l’écosystème musical en France face aux majors US… Payer pour l’utilisation d’œuvres d’artistes qu’on prétend soutenir, ce n’est pas un sacrilège, d’autant plus qu’il est toujours possible de négocier l’assiette et le taux, etc. La diffusion d’œuvres d’artistes non sociétaires, de test pressings, de white labels sont des bases de négociation avec la SACEM et la SPRE (uniquement si on ne salarie pas les artistes et qu’on n’est pas affiliés CNV). De son côté, la taxe sur la billetterie du CNV permet de bénéficier en N+1 de 64% des sommes versées et d’aider d’autres confrères. Bref, sous couvert d’underground, certains organisateurs refusent la solidarité avec les artistes et les confrères.

Par contre, comme chaque bonheur, surtout festif, connaît son alerte sanitaire, l’étude TREND de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) pondère notre enthousiasme collectif:

« Le développement d’une scène festive alternative a bouleversé les repaires. Au nom d’une certaines idéologie libertaire, la consommation de drogues (cocaïne, MDMA/ectasy et kétamine essentiellement) est en effet tolérée par les organisateurs de ces soirées d’un genre nouveau, contrairement à ce qu’il en est dans les établissements festifs commerciaux. L’OFDT observe cependant que, grâce à une bonne connaissance en matière de RdRD de la part des fêtards, les incidents liés à des surdoses y sont rares. »

Journal International de la Médecine

A suivre

Photo: ANGST x MYST: The Devil’s Masquerade par Luc Bertrand

Eden le film par Guillaume Fédou

C’est peu dire qu’à la sortie de la projo d’Eden mercredi 11 novembre 2014d dernier, où je m’étais rendu dans le 8ème (derrière le Queen !) avec Benjamin Diamond, invité comme journaliste free-lance (lot du like), et en glorieuse compagnie de Christophe Vix-Gras et Christophe Monier du fanzine éponyme dans la salle, je me suis trouvé profondément déprimé.

Je ne sais pas si Facebook va pouvoir me servir de psy mais cette histoire de « DJ sans qualité » (kikou Robert Musil) surfant sur la piste bleue d’une descente d’ecsta débouchant sur une « release party» où le jeune Sven retrouve les Daft Gods, lui l’ex-Rowenta de la coke devenu vendeur d’aspirateurs muraux par correspondance et eux en plein jet-lag hollywoodien m’a entièrement vidé de toute substance.

Réaliste jusque dans les scènes de banque, que l’on a toutes et tous connues un jour ici et quelques beaux «peak times» de clubbing millésimé 90’s (la foule new-yorkaise du PS1, extatique), sans oublier le visionnage collectif du film Showgirls chez David Blot/Macaigne qui donnera naissance à un éphémère groupe disco-pop emmené par Estelle Chardac, le film rappelle parfois que nous sommes au CINEMA et que l’on a besoin de pop-corns : en montrant les Daft « grammifiés » devant l’Eternel en post-ados boutonneux, gauches et frêles (l’acteur qui joue Guy-Man aurait facilement pu être au générique des Beaux Gosses avec Lacoste), Mia Hansen-Love nous venge, nous met de son côté : ahaha les robots ne rentrent même pas en club ! Scène véridique (et very disco) et d’ailleurs il leur arrivait aussi que des videurs – pardon des « physios » – leur apprennent que les Daft étaient déjà rentrés dans une soirée vu que n’importe qui d’un peu déterminé à l’époque pouvait se faire passer pour eux (avant le règne d’Instagram).

Mais n’est-ce pas cette justesse et surtout ce réalisme, un instant détouré par les dessins de Mathias Cousin (*) très présents au début d’Eden qui plongent l’ex-clubber que je suis dans un désarroi aussi profond ? Sans doute étais-je trop proche du sujet. J’avais rencontré Sven à l’époque par l’entremise de la belle Katariina, « sociologue des dance-floors » qui réfléchissait plus vite que les strobos. Sven ? Garçon adorable, DJ doué et surtout en phase avec le mouvement alors que mon premier article s’intitulait « la french touch est-elle de droite » m’avait valu la réputation de « premier hater de France » (c) 1999 – alors que je m’attaquais surtout à l’indifférence de la jeunessee dorée sur tranche de l’Ouest parisien aux affaires étudiantes (et oui j’étais de gauche à l’époque, UNEF Dauphine bébé) donc a priori Sven était mieux parti que moi.

Reste que j’étais aussi assidu aux soirées Respect du mercredi que je le serais plus tard à celles du Pulp le jeudi (Style, Paradise Massage etc…) puis les Mercredyz de Guido : à l’époque je voyais Sven comme le Petit Prince de la house parisienne, ma version lumineuse en quelque sorte, moi le rocker indé perdu sur les pistes d’une house bientôt 100% filtrée tandis que lui passait d’un nuage à l’autre… Sur le moment j’en ai voulu à Mia Hansen-Love, dont j’avais pourtant aimé le premier court-métrage « Après mûres réflexions », d’avoir ainsi réduit ma jeunesse à néant. Elle utilise son personnage de Sven comme un couteau suisse pour ausculter les dessous de la «hype » (nom des soirées de Pedro Winner au Fumoir du Palace) et fait correspondre ses errances et ses faiblesses personnelles à celles d’une génération entière (pour une dizaine de réussites certifiées gold platine, combien de nazes ont fini comme Paul/Félix ou moi ? Même si au fond on ne fait que démarrer ce que la suite « Eden 2 » prouvera sans doute… ) Ne sommes-nous capables de rien d’autre ? Trois gimmicks, dix soirées et hop tous au cimetière des platines rouillées ? Quelle est cette génération qui rêve tant d’Amérique qu’elle se rue dans les cauchemardesques raves d’Eurodisney (où les Daft ont pu rencontrer IRL le label Soma car pas de Facetime à l’époque) pour finir avec un Chewbacca géant dans le salon ou en goguette dans le zoo privé de Hugh Hefner ? Sacrés français, dirait Dimitri From Paris. Moralité, il n’est pas utile de savoir qui a tiré le premier, Laurent Garnier à l’Hacienda, les Daft chez Soma, Air et leur Modulor sur Source Lab, ou de savoir si Pansoul de Motorbass est oui ou non LE chef d’oeuvre absolu de la « french touch » (à mon avis, si). Ni de savoir si Arnaud Fleurent-Didier et sa bande de chanteurs aphones intellos (dont je fus) a eu raison de créer « Frenchtouche », et de riposter à l’invasion US avec le discours de Villepin à l’ONU en 2003 revisité François de Roubaix…

On ne refait pas ce match-là, les jeux sont faits, et Eden sera forcément plus utile aux «jeunes » d’aujourd’hui qui n’ont pas connu le fax et le Kobby – et pensent que les Daft sont VRAIMENT des robots après tout. Pour les « fluovioks » il reste la Respect au Queen de mardi soir prochain pour noyer tout ce chagrin, avec Sven et Kerri Chandler aux platines, le temps de vérifier qu’avec Clubbed to Death, Eden ou 24 Hour Party People on peut encore clubber par écrans interposés… Mon dimanche se termine et j’entends déjà résonner le « Hallelujah » des Happy Mondays…

Guillaume Fédou

(*) co-auteur avec David Blot du Chant de la Machine 1&2, soit l’Ancien et le Nouveau testament de la club culture.