Source RMNGP : http://art.rmngp.fr/fr/library/artworks/albert-marquet_le-pont-neuf-la-nuit_huile-sur-toile

C’est la fête à la Seine

La Seine coule à Paris en traçant une jolie courbe constellée de « bateaux mouches » drainant 10 millions de visiteurs par an, dont beaucoup saluent joyeusement les promeneurs et les fêtards.
Ceux ci sont de plus en plus nombreux avec la reconquête des Berges entamée par la Mairie de Paris sur les deux rives et sur certaines portions.
La Concrete installée sur Le Ponton a vraiment placé la Seine sur l’axe Berghain / Ibiza. D’autres barges, péniches et établissements à quai en fixe participent à ce mouvement de fond. Bien d’autres exploitants, comme Rosa Bonheur sur Seine, le Flow, La Javelle et bien d’autres attirent les visiteurs pour des afterworks, soirées, concerts et guinguettes.
Il était temps que les exploitants de la Seine se mettent en réseau avec l’appui de leurs syndicats respectifs afin de parler aux différentes tutelles de la Seine.

Communiqué –  Création du « Groupement des établissements culturels des berges de la Seine »

L’association a pour objet de représenter les acteurs et établissements culturels exerçant une activité sur les berges de la Seine, auprès des autorités administratives, collectivités locales ou établissements publics, opérateurs de l’État, Chambres consulaires, syndicats. De défendre les droits et les intérêts communs de ses adhérents et en particulier contribuer à dynamiser la vie culturelle des berges de la Seine. De réaliser des animations communes et de mettre en oeuvre tous les moyens nécessaires à leur réalisation, de les promouvoir et de les valoriser. En toutes circonstances, l’association inscrit son projet dans une dimension d’intérêt général, en s’ouvrant aux acteurs exerçant une activité culturelle sur les berges de la Seine.

Membres Fondateurs :
Le premier Président est Aurélien Dubois (Concrete)
Le premier Trésorier est Ricardo Esteban (Petit Bain)
La première Vice-Présidente est Michelle Cassaro (Rosa Bonheur sur Seine)

Le Groupement des établissements culturels des berges de la Seine est ouvert à tous, pour devenir membre et se joindre aux activités, il faut en faire la demande selon la procédure communiquée aux candidats.

Contact : Aurélien Dubois

Crédit photo : Catherine Balet

Olivier Mosset et Yves Aupetitallot, Lausanne, 2003

Crise au Magasin : contexte de la clôture de la pétition en soutien à Yves Aupetitallot

Ou lettre imaginaire à Audrey Azoulay pour une vraie pétition.

L’art monopolise certains esprits. La pétition en soutien à Yves Aupetitallot se clôt sur fond d’amertume et d’espoir. L’amertume qu’un professionnel de cette stature n’ait d’autre choix que de plaider prochainement son droit  auprès du Conseil des Prud’hommes de Grenoble. L’espoir que le soutien affiché de nombreux acteurs du monde de l’art relayé en France par le Quotidien de l’Art & Art Press attire votre attention sur sa situation particulière dans un environnement où les pouvoirs publics semblent de plus en plus ignorants des réalités des scènes artistiques et culturelles qu’ils entendent pourtant soutenir

Votre administration a t elle par exemple voulu bien faire en mettant en place un appel à candidature pour le pavillon français de la Biennale de Venise ? Le règlement, pondu par la DGCA (Direction Générale de la Création Artistique), demande un « projet » financé équilibré ajusté et défini. L’artiste est un maillon de l’industrie culturelle, voire de l’économie tout court. L’emploi culturel est alimenté (entre autres) par 26 écoles des Beaux Arts crachant ses promotions inexorablement dans les files d’attente des CAF pour le RSA. Désormais, vos services demandent aux impétrants plasticiens de la Biennale de Venise de candidater selon des critères aussi bien artistiques que financiers (lien). Voulant faire fi du simple pouvoir discrétionnaire de l’État, cette méthode veut valoriser l’action du ministère, mais 12 commissaires d’exposition la dénoncent par voie de presse (Les Inrocks du 22 avril).

Grenoble n’est pas Venise, mais ça peut aussi prendre l’eau. Le CNAC Le Magasin reste le plus grand centre d’art soutenu par votre ministère hors de Paris et son directeur a été remercié pour faute grave en seule réponse aux deux procédures engagées par lui en raison notamment de la négation de l’autonomie de sa programmation… ce qui n’honore ni les exigences du droit du Travail ni les termes de la Loi sur la Création artistique que vous portez. En tout cas la Présidente du CNAC n’a pas manqué, dans les foisonnantes motivations du licenciement d’Yves Aupetitallot, d’invoquer son exposition Seydou Keïta au Grand Palais dont le succès public et médiatique souligne l’excellence. Les artistes et la scène artistique française doivent-ils considérer que cette exposition sera sa dernière création ?

Aujourd’hui, le comité de soutien à Yves Aupetitallot, vous remet par voie postale la pétition qui rassemble 779 signatures d’artistes et de professionnels de la création contemporaine, soit 223 membres du comité de soutien et 556 pétitionnaires en ligne.

Téléchargez la lettre à Audrey Azoulay, ministre de la Culture & de la Communication.

Illustration : Olivier Mosset et Yves Aupetitallot, Lausanne, 2003.

Pyromanes-cover

L’érotisme cosmique apocalyptique selon Vincent Borel

Paru en 2006, Pyromanes est résolument le roman rêvé de la fête et de l’appel de la forêt. Écrit par Vincent Borel, ancien rédacteur en chef de Nova Magazine, critique du baroque et de Wagner, auteur de plusieurs romans dont le plus connu est « Un ruban noir », Pyromanes est le « Trainspotting » qu’aucun autre auteur n’a réussi à égaler en vérité et sensibilité.

Une scène érotique constelle le récit apocalyptique « Pyromanes » : une artiste plasticienne du courant « destroy art » en performance dans une forêt reculée de la région des Alpes de Haute Provence rencontre par le plus grand des hasards le « Vendredi » local, un enfant sauvage devenu un bucheron ours. C’est la rencontre de la carpe et du lapin sur fond d’étoiles en marge d’une free party, qui déclenche, en effet, la fin du monde… à cause de la foudre qui touche tout ce beau petit monde. La foudre est le doigt de Dieu, attirée par les piercings de la plasticienne et des teufeurs qui sortent transformés de cette intervention cosmique…

Vincent Borel détaille que c’est un carnaval « foldingue », qui met le feu à la campagne. La free party reproduit le rapport entre bohémiens et campagnards… Les teufeurs sont une tribu un peu « magique » non tolérée par les autochtones. Dans l’histoire, une caravane de camions en quête de champignons hallucinogènes frais éclos sur les bouses alpestres se coince au fond du vallon de la Jarjatte, qui ressemble aux monts du Colorado. L’idée de l’auteur était qu’il y ait une montée en puissance du son, un désir de communion mystique, entre des personnages très différents touchés par un phénomène commun. La nature répond de manière encore plus violente que la musique qui déclenche une apocalypse joyeuse… La fin d’un monde n’est que le commencement d’un autre.

Extrait : « Leur chevauchée est longue. Martial (l’homme des bois, ndlr) devient pareil à la barque fendant la mer, Paule semblable au pic-vert ouvrant l’arbre de son bec pour y creuser son nid. Elle sur lui, lui en elle, ils sont comme le ciel marié à la terre, comme le dragon bleu pénétré du dragon vert. Le sang blanc jaillit de Martial. Paule pousse un long râle. Dehors, les loups l’accompagnent en dressant leurs gueules vers la lune. »

C’est un coup de foudre qui transforme la destinée de plusieurs personnages. Un professeur « parpayot » et une racaille niée par sa famille salafiste sont tous les deux foudroyés. Ils deviennent les prophètes de la nature en colère. L’homme des bois et la plasticienne s’unissent à fins de procréation. Un enfant nait…

Ce roman est un passage générationnel sur la nature, l’envie de fuite du monde, le mode de vie nomade des teufeurs… Ce roman illustre une métamorphose comme Ovide l’a rapporté dans les Métamorphoses. La free party est un rite social d’une société qui n’a plus de rite d’accès à la vie d’adulte. Les TAZ (selon Hakim Bey, théoricien libertaire) d’hier sont devenues les ZAD d’aujourd’hui et parfois se rejoignent, le look des « zadistes » n’est pas loin de celui des adeptes de la free. Il y a un mouvement « homme des bois » dans les personnages de Pyromanes qu’on retrouve aujourd’hui dans les luttes contre le bétonnage non concerté ou le mouvement spontané « Nuit Debout ».

On espère la lire avant la fin de notre monde la suite donnée à ce roman délirant.

Retrouvez ici l’annonce de Fraternels, le nouveau roman de Vincent Borel, sur le site de Sabine Wespieser

Cet article a été rédigé pour la revue Jungle Juice #2 édité par Supernova Éditions.

Couverture du livre. En cliquant sur l’image, vous tombez sur la FNAC pour vous le procurer.

Grimaces et misères: les Saltimbanques 
*oil on canvas
*114.6 x 292.7 cm
*1888
*signed b.r.: F Pelez

Une Loi Création bénie

Un avenir radieux pour les artistes interprètes

Dessinée par Aurélie Filipetti, portée et adaptée par Fleur Pellerin puis en cours de maïeutique par Audrey Azoulay, la Loi Création est un ensemble de mesures portant sur l’architecture, l’urbanisme, les archivistes, les quotas radiophoniques et le spectacle vivant (cf. le communiqué de presse et dossier sur le site du ministère ici ).

La mesure 16 du projet de loi concerne la pratique amateur dans le spectacle vivant : « Le projet de loi vise ainsi à reconnaître et valoriser les pratiques amateurs en France tout en s’attachant à défendre l’activité professionnelle et l’emploi culturel ».

Cette mesure se traduit par un amendement du gouvernement n°473 en date du 29 septembre 2015 : « Le Gouvernement a souhaité reconnaître et valoriser la pratique amateur et a mené une concertation approfondie qui est parvenue à un point d’équilibre permettant cette reconnaissance sans remise en cause de la présomption de salariat.

Pour renforcer cet équilibre, il doit être clairement rappelé au III de l’article que la pratique amateur définie au I de l’article 11A comme une activité artistique non rémunérée doit se faire sans préjudice de la présomption de salariat. » Source

Il est vrai que le décret de 1953 sur la pratique amateur sentait un peu trop la kermesse paroissiale et la chorale. Il fallait réformer mais non « uberiser » le spectacle. Cette réforme fait fi des expériences originales et alternatives des musiques actuelles. Depuis des lustres, des artistes constitués en collectifs se produisent de manière autonome, non commerciale et responsable. Selon Samuel Raymond de Freeform, « il y aurait un cadre propre au secteur solidaire et alternatif à définir pour tous les bars, les chorales, la musiques trad, les fest-noz, les bandas, les fêtes votives et les free parties qui ne seraient plus à la merci d’un contrôle URSSAF et des forces de l’ordre. Le bénévolat de l’artiste interprète et des techniciens du spectacle devrait être réservé au non commercial et causes d’intérêt général. » À réfléchir.

Les contributions du Sénat

La présidente de la commission Culture du Sénat, Madame Catherine Morin-Desailly (UDI), en lien avec Jean-Pierre Leleux (LR), rapporteur du projet de loi au Sénat, ont oeuvré pour l’encadrement de la nouvelle réglementation. M Leleux a rédigé un rapport sur le projet de loi et amendé l’article 11A  « afin d’éviter tout effet d’aubaine de la part de structures de spectacles ». Un encadrement du bénévolat est évoqué par le législateur (voir plus bas).

Malgré toutes ces préventions, il est fort à parier que le bénévolat des artistes amateurs (et donc par là des semi pros) connaisse un dérapage. En 25 ans de carrière, je n’ai jamais connu de contrôle d’inspection du Travail ou URSSAF sur le terrain. La musique n’est elle pas quasi devenue gratuite désormais comme l’illustre le schéma ci dessous de l’Adami ?

Mme Morin-Desailly détaille les mesures envisagées pour cadrer l’application du bénévolat :

« Le dispositif tel que voté par l’Assemblée Nationale (sur proposition du Gouvernement) prévoit déjà plusieurs garde-fous destinés à éviter tout effet d’éviction des artistes professionnels par les amateurs dans les représentations à visée commerciale :

– le nombre de spectacles faisant intervenir des amateurs serait plafonné (par voie réglementaire, probablement à 30 d’après nos informations),

– les structures pouvant faire appel à ces amateurs doivent avoir dans leurs missions l’accompagnement des pratiques amateurs.

De surcroît, réunie fin janvier 2016, la commission Culture du Sénat a adopté plusieurs amendements visant à renforcer cet encadrement :

– elle a revu la définition de l’amateur afin de le distinguer plus clairement de l’artiste professionnel,

– elle a précisé que les missions d’accompagnement des amateurs (qui permettront à certaines structures de faire appel à ceux-ci) devront être établies dans une convention avec une ou plusieurs collectivités publiques. « 

Texte en cours d’adoption :

Article 11 A (nouveau)

I. – Est artiste amateur dans le domaine de la création artistique toute personne qui pratique seule ou en groupe une activité artistique à titre non professionnel et qui n’en tire aucune rémunération.

L’artiste amateur peut obtenir le remboursement des frais occasionnés par son activité sur présentation de justificatifs.

II. – La représentation en public d’une œuvre de l’esprit effectuée par un artiste amateur ou par un groupement d’artistes amateurs et organisée dans un cadre non lucratif ne relève pas des articles L. 7121-3 et L. 7121-4 du code du travail.

Par dérogation à l’article L. 8221-4 du même code, la représentation en public d’une œuvre de l’esprit par un artiste amateur ou par un groupement d’artistes amateurs relève d’un cadre non lucratif, y compris lorsque sa réalisation a lieu avec recours à la publicité et à l’utilisation de matériel professionnel.

Le cadre non lucratif défini au deuxième alinéa du présent II n’interdit pas la mise en place d’une billetterie payante. La part de la recette attribuée à l’artiste amateur ou au groupement d’artistes amateurs sert à financer leurs activités et, le cas échéant, les frais engagés pour les représentations concernées.

III. – Sans préjudice de la présomption de salariat prévue aux articles L. 7121-3 et L. 7121-4 du code du travail, les structures de création, de production, de diffusion, d’exploitation de lieux de spectacles mentionnées aux articles L. 7122-1 et L. 7122-2 du même code dont les missions prévoient l’accompagnement de la pratique amateur et la valorisation des groupements d’artistes amateurs peuvent faire participer des artistes amateurs et des groupements d’artistes amateurs à des représentations en public d’une œuvre de l’esprit sans être tenues de les rémunérer, dans la limite d’un nombre annuel de représentations défini par voie réglementaire, et dans le cadre d’un accompagnement de la pratique amateur ou d’actions pédagogiques et culturelles.

La part de la recette des spectacles diffusés dans les conditions prévues au premier alinéa du présent III attribuée à l’artiste amateur ou au groupement d’artistes amateurs sert à financer leurs frais liés aux activités pédagogiques et culturelles et, le cas échéant, leurs frais engagés pour les représentations concernées.

Source

La licence d’entrepreneur de spectacle sert désormais à garantir la présomption de salariat et le paiement des taxes (dont CNV) et redevances de droit (Sacem, Spre). Cette présomption née des accords de Grenelle de 1969 a permis à la licence, née d’un décret impérial de 1864 puis modifié par en 1941, 1945 et 1998, de s’adapter. Aujourd’hui délivrée par une commission en DRAC composée de représentants des salariés et de l’État, la licence demeure une exception française. Seule la République Populaire de Chine en fait usage.

L’article 11A peut autoriser une forme d’exploitation des bonnes volontés et de la misère des musiciens, comme le montre le tableau de Fernand Pelez (1888, Petit Palais). Cette loi est peut-être un pain béni pour certains et fait peser un risque supplémentaire pour les artistes intermittents. Le Medef souhaite revenir sur le financement de l’assurance chômage des intermittents (avril 2016), cette loi pourrait faciliter la tâche en quelque sorte, sans résoudre le problème de l’aide à la création (la vraie, pas celle des comptables ou livreurs ou des stars des TV).

La CGT fait sa pétition contre l’article 11A.