Archives par étiquette : Henri Maurel

House Nation by HM

En 2006, Technopol avait eu la bonne idée de célébrer les 20 ans de la House.

On prenait comme référence la sortie de « Love can’t turn around’ du cultissime Farley Jackmaster Funk, dont le talent n’aura pas dépassé un single.

Le texte figura dans le journal de la Techno Parade 2006.


Au commencement fut la Motown de Detroit. mythique label soul, expression politique et artistique du Black Power. Cette prolifique production des années 70 (Temptations, Supremes,  etc.) avait du mal à se faire connaître en France alors en plein triomphe du Rock US et du post yé-yé. A l’occasion d’une expatriation en Afrique au début des années 70, j’eus le privilège d’une rencontre clé. Une de ces rencontres qui décide un peu de votre vie future, une incroyable plongée émotionnelle et sensuelle dans les sons, les couleurs et les mythes de la soul music dans laquelle baignaient alors mes étudiants, et qui ne fit qu’une bouchée de mes niaiseries de jeunesse. Si, auparavant Bach, les églises et la radio déjà (tard sur Radio France…) avaient ouvert la voie à un amour toujours intense des musiques, peu « actuelles » et plus « éternelles », votre obligé était, il faut le dire, encore un peu innocent côté zique. La Motown s’est chargée de le dépuceler sans façon et depuis ça n’a pas arrêté… Mon arrivée définitive à Paris m’a permis de vivre les derniers feux du Palace et les premiers sets de Laurent Garnier. Nouveau déclic, nouvelle décharge émotionnelle. Danse, transe, dance… Le compte fut bon, le corps avait pris définitivement le dessus et hop, tous en rave ! Pas encore de DJs à chaque coin de rue mais c’était bien le début d’une autre histoire. La France avait également tourné la page avec Mitterrand. Et déjà pointait l’heure du monde électro. Je suis alors littéralement tombé dedans. Comme d’autres sirotent leur potion magique, j’ai tété de la House et dansé, dansé, dansé jusqu’à l’aube au Manhattan, à la Luna, au Boy, au Queen à ses débuts, à l’An Fer de Dijon et sur bien d’autres interlopes dance floors. Il fallut trouver du grain à moudre sur une (radio) FG devenue entre-temps muette. Alors ouvrons, ouvrons grand  la cage aux oiseaux ! Une nouvelle saga a débuté en 1992, il y quinze ans déjà au temps des Mozinor, de l’Hôpital Ephémère, l’Abbaye du Montcel, des Love Parade, des Boréalis, bref, que du bonheur ! En 1998, il y eut la place de la Nation pour la première Techno Parade, puis en 2006, la Bastille pour la Marche des Fiertés. Entre temps, on a créé la French Touch de toutes pièces… Mais, voyons, vous ne vous arrêterez donc jamais ? Et pourquoi donc, je vous le demande ? Love is in the house, music is our nation. Let’s dance !

Let’s dance, luv & happiness.

Henri Maurel

TribuneHM_TP2006

Dessin de Cédric Diomède

Requiem For ISF

Dessin de Cédric Diomède

LES TRUIES GALANTES vous offrent un Requiem pour honorer la fin proche de l’Impôt Sur la Fortune.

 

Un Requiem?… Un hommage lacrymal un tantinet académique ?

Non. Plutôt une cérémonie déjantée et irrévérencieuse, forcément dans l’esprit des Truies Galantes.

Pensez vous : un “Requiem for I.S.F.”, cela ne peut être qu’une galéjade entre courtisans hédonistes sous exta(-se)… un voyage spatio-temporel où par une belle soirée de printemps, les folles et les zindas du XVIIIème passent derrière les platines et prennent soin d’asperger la foule de sons hallucinés, de Dom Pérignon et de substances diverses…

Ce Requiem est en fait une joute musicale, un ballet solaire, un ping-pong de tracks aux influences électro, pop, disco, liturgiques et classiques… comme LES TRUIES GALANTES aiment les agencer avec la désinvolture qui les caractérise.

Un mix encore une fois improbable dans lequel Henri Maurel, le père fondateur, the Master of Ceremony voit en rêve le spectre de Marie-Antoinette lui annoncer la suppression de l’Impôt Sur la Fortune…

Et cette chère souveraine (d’une certaine façon, la bonne fée des Truies Galantes) ne s’y est pas trompée, car en ce 11 mai 2011 la réforme de l’ISF sera présentée en conseil des ministres. Trois cent mille héritiers privilégiés de la cour de Marie-Antoinette vont en profiter dès cet été. Alors pourquoi ne pas célébrer un moment d’insouciance et de légèreté si formidable par ces temps de crise globale ?

Notons également que ce mix est le seul des TRUIES GALANTES à être introduit et clôt par la voix d’Henri. Il a été conçu et enregistré dans les studios de FG DJ Radio le jeudi 2 décembre dans des conditions de live, sans aucune préparation.

Un impromptu jovial qui ne cache pas ses imperfections ou ses écarts musicaux parfois sidérants. Ce jour là, Henri exultait et nous entrainait dans son ivresse communicative. L’élan comptait davantage que la finition.

Ce mix est le dernier réalisé avec lui.

LES TRUIES GALANTES ARE DEAD…. LONG LIVE LES TRUIES GALANTES!

Fabrice Bonniot et Christophe Vix

Écoutez d’autres mixes des Truies Galantes et de Barockism (alias Fabrice Bonniot) sur Soundcloud.

Un Étrange Printemps pour Henri Maurel

Plus le temps passe, plus l’absence d’un être cher se constate au quotidien. On ne peut plus l’appeler à tout bout de champs, demander les conseils si précieux dans les moments délicats ou aller « en ville » (expression usitée par celles et ceux qui aiment la campagne…). Tout ce qu’on peut faire est de positiver et d’imaginer d’être à la hauteur en agissant comme cette personne aurait aimé. C’est pourquoi la dédicace de la nouvelle édition de l’Etrange Printemps a été proposée par l’équipe organisatrice de manière spontanée.

Lieu de la soirée : La Machine du Moulin Rouge, 90, Boulevard de Clichy, 75018 Paris

Pour en savoir plus.

Félicitations à Ownimusic pour son implication éditoriale et militante.

HARVEY MILK, un point de vue gay.

Logo Greyhounnd

L’étincelant Greyhound qui, depuis St Louis, m’emmenait vers la Californie avalait consciencieusement les interminables miles vers  le Pacifique. J’en profitais pour converser avec deux jeunes qui, tassés au fond du bus et ne se quittant jamais, m’intriguaient. J’avais rapidement compris qu’ils étaient très proches mais quand, mis en confiance par mon air bohème et charmant de jeune frenchie accomplissant son grand tour d’Amérique, ils me confièrent qu’ils fuyaient New York, j’eus quelque peine à le croire. Comment en 1976, aux States, deux jeunes gays -Time Magazine venait de populariser ce terme avec, en ce même mois d’août 76, une couv’ qui fit scandale sur « le phénomène des gay bars » – pouvaient-ils être obligés de quitter leur ville ? Je prenais brutalement conscience d’une réalité cachée : celle de l’irrespirable climat d’homophobie latente et de violence policière inouïe d’une Amérique prospère, puritaine, blanche et chrétienne. À l’instar de milliers d’autres, ces deux voyageurs voulaient d’abord aller vivre en paix et en sécurité à Frisco. San Francisco, La Mecque des hippies, des campus Marcusiens, des communautés Peace & Love, des étudiants radicaux, de l’utopie libertaire et qui exerçait sur les jeunes du monde entier une fascinante attraction. « Go west ! », bien avant les paillettes disco des Village People.

Pochette des Village People
Pochette des Village People

Quelle ne fut donc pas ma surprise de voir ainsi débuter Harvey Milk dans une salle obscure germanopratine 30 ans plus tard pour l’avant première FG ! Par un violent flash-back, au fond du Cinéma St Germain, au coeur d’un Paris bourgeois, « vélibé » et « pacsé ». J’avais donc vécu, moi aussi, le pèlerinage à Frisco pour satisfaire une quête personnelle dévorante qui, dès mon retour des States, se mua en activisme teigneux à Paris (cf wikipedia)…. Tout est juste dans ce film : son ton, ses couleurs, son cadre 70’s, ses personnages, leur idéal, leur drame intime et politique, la violence et les roueries. Et jusqu’à ce charmant blond frisé au nez aquilin et au poil broussailleux. Car, comme si cela ne suffisait pas, on y voit le pur sosie de mes 24 ans qui crève l’écran !

Mais Harvey Milk, c’est d’abord l’affirmation violente, radicale, sensible et lyrique que plus rien ne devait désormais être comme avant pour des individus aux choix différents, qu’une anxieuse sémantique « hétéronormée » et quelque peu déboussolée allait désormais appeler des « gays » et des « lesbians ». Ce film est un docu hors pair sur notre époque, sur l’émergence d’une société différente pour ne pas dire  moderne, c’est un film est une plongée archéologique dans l’Histoire à mettre impérativement entre toutes les mains. Et à projeter dans toutes les classes, surtout celles des écoles religieuses de toutes confessions ! Aussi sûr que le Black Power, né des combats pour les droits civiques, un Gay Rights Power a émergé à Frisco (les sifflets d’Act up ne sont-ils pas ceux qui prévenaient déjà des descentes de flics sur Castro ?) pour prendre toute sa place dans l’évolution démocratique des sociétés occidentales. Un héritage de lutte qui est aujourd’hui donné en partage à tous. Ainsi du Pacs, dont on va fêter les 10 ans et dont je fus le premier à défendre en 1989 et contre une doxa communautaire gauchisante majoritairement favorable au statut improbable de l’homosexualité, le concept fondateur du Partenariat Civil. Un texte visionnaire qui prévoyait, d’emblée et généreusement (« Nos libertés seront les vôtres ») l’ouverture d’un nouveau statut matrimonial laïque aux hétérosexuels. Et, cela va de soi, aux sus-désignés gays et lesbiennes. Car le Pacs n’est-il pas, au final, une grande conquête pour les hétéros qui le plébiscitent aujourd’hui en masse ? Et donc source d’une légitime fierté pour la communauté LGBTQ, comme il est très politiquement très correct de la nommer aujourd’hui, sans  trop se prendre encore les pieds dans le tapis d’un mariage, ô combien « hétéronormé », plus ou moins socialement forcé, et dont la plupart des gays semblent n’avoir cure. Mais me voilà à nouveau repris par ma flamme militante : oui, il est vrai que je souhaite que l’on améliore encore le Pacs et notre Code Civil (famille, droits sociaux, etc.), avant que d’aller en procession se marier pour celles et ceux que cela démange au point de ne pouvoir s’en passer. C’est mon choix. Et je salue aujourd’hui les propositions du gouvernement Sarkozy sur l’homoparentalité qui vont dans le bon sens.

La longue marche commencée, notamment avec Harvey Milk à San Francisco, n’est pas finie. Honorons celles et ceux  qui, anonymes ou célèbres, disparu-e-s ou vivant-e-s, l’ont porté en des temps durs et héroïques. Fini de raser les murs, de subir, de quémander, juste être dans la lumière pour faire la paix avec les autres ! Être en paix avec soi-même pour reconquérir l’estime de soi, iniquement volée et violée par des censeurs, des bigots, des lâches et des cons. La fierté, la « pride » et notre inoxydable Gay Pride. En ce sens, Harvey Milk est une véritable « re-naissance ».

Henri Maurel
Paris, vendredi 6 mars 2009

Harvey Milk, un film sur le militantisme

Ayant vu le film à l’avant-première organisée par FG DJ Radio lundi 2 mars où quelques  acteurs notables du PACS et du droit des gays étaient présents grâce à l’entregent d’Henri Maurel, j’ai pu voir un film, un biopic comme on dit, qui remue pas mal les tripes et qui a été multi oscarisé dernièrement. Selon mon ami Fabrice, c’est le meilleur film de Gus van Sant depuis Elephants. C’est dire !

L’acteur Sean Penn crève l’écran. Il l’a franchement explosé en tant que réalisateur avec Into The Wild, l’excellent film qu’il a sorti l’année dernière. Sean Penn interprète le rôle d’Harvey Milk, un commis d’assurance qui quitte New York et son placard pour San Francisco et le beau sourire de Scott, rencontré le soir de son 39e anniversaire dans le métro. La scène est très drôle. On aimerait tous rencontrer un Scott pareil au coin d’un couloir, c’est quand même plus sympa que ces « rezos » à la noix. Harvey Milk explose son placard et celui du quartier de Castro qui devient un bloc dédié aux gays et non plus qu’aux Irlandais de San Francisco. On assiste à la prise de conscience de ce couple, mais aussi celle de tout un réseau de gens, la « société des amis » chère à Aristote en quelque sorte, qui accompagne Harvey Milk dans ses multiples candidatures de « supervisor » (conseiller municipal) à la Mairie de San Francisco. Mettez en toile de fond le contexte de la croisade chrétienne anti gay d’Anita Briant, une ex mannequin de Floride qui pourchasse les arrêtés en faveur des gays et la violence homophobe de l’époque, la poursuite de la lutte pour les droits civiques, et vous aurez une épopée qui donne des frissons dans le dos, tellement on se sent concerné par une telle flamboyante démarche, sanctionnée par un assassinat de sang froid d’un autre conseiller municipal rancunier et médiocre.

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Scott

« Les temps ont changé » comme dirait Cole Porter. On aimerait vivre un tel militantisme de nos jours, faut il encore avoir un but véritable et savoir mobiliser les énergies humaines. La lutte pour l’égalité des droits des LGBTIQ (Lesbian Gay Bi Trans Intergenre Queer) a réussi en France, même si le mariage gay est loin d’être obtenu au désespoir de certain-e-s, et dans l’Union Européenne. Le combat est ailleurs, dans les 2/3 des pays du globe qui ont refusé de dépénaliser l’homosexualité (oups), et, même si la communauté LGBTIQ est parfois chiante à mourir de banalités et de normalité, on peut craindre que le communautarisme religieux ne gâche pas nos libertés chèrement acquises, même en France…

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Manifestation sur Castro Street

Un petit mot sur le militantisme. Que faire quand les buts sont atteints ? La question s’est posée dans les associations LGBTIQ, suite au PACS, qui atteste de l’utilité de la créativité sociale du style de vie gay et qui est un « plus » pour toute la société. Certaines assos continuent leur existence en demandant toujours plus. Résultat, la Marche des Fiertés est devenue, sur la partie associative du cortège, aussi sexy qu’une convention de reprèsentants en machine à laver.

Je m’interroge par conséquent sur le militantisme à Technopol (où j’ai essayé de faire quelque chose pendant 11 ans), association de défense des professionnels et des amateurs de musiques électroniques. Les problèmes ont changé, la « diabolisation » de la techno n’est plus et Technopol ne se justifie plus par une aide concrète apportée aux acteurs électroniques dans leur contentieux (annulation de soirée pour excès de pouvoir). À moins de créer des problèmes de toute pièce, la mobilisation a disparu. La mise à jour de l’objet social d’une association est indispensable quand les objectifs ont été atteints. Cela suppose une prise de conscience et un principe de réalité pour définir des actions utiles aux acteurs présents.

Et pour finir, l’après midi même, je croise Didier Lestrade dans le bus. Je crois qu’on ne s’est jamais vus ailleurs qu’en club ou rave dans les 90s, vu qu’il est parti soigner les primevères dans son pays de Cocagne depuis quelques années. Encore un hasard, croiser un aussi grand militant que Didier des causes gay et anti-VIH avant d’aller voir Harvey Milk, je peux penser que Dieu est « sensible ».