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Plastic Dreams

Dans les quelques bonnes nouvelles du moment, il y a la parution des photos d’Olivier Degorce par Pedro Winter (Headbangers Publishing) : Plastic Dreams.

En 1996, le couple Franck Perrin / Armelle Perrin de Crash Edition publie courageusement Normal People, qui a eu juste un succès d’estime avec sa collection de photos et quelques textes de journaleux (voir le mien ci dessous). Aujourd’hui c’est la grande classe, la class business pour ce recueil de photos qui sentent la « chépéritude » instantanée de grâce. On ne peut pas mieux rapporter ces moments de fête et la tronche des artistes, alors jeunes, certains ont disparu, comme GTO, partis trop vite. C’est presque devenu « Ex fan des sixties » la techno… On compte les stars et amis disparus désormais. On garde en esprit ces moments de fête dans des hangars, les interviews dans les deux studios de Radio FG (rue Rébéval avant 1995 et rue de Rivoli depuis) et la lumière dans les yeux des artistes et leurs amis.

Texte écrit pour l’édition de 1996, Normal People de M&M’S, Crash Éditions

La démarche d’Olivier est un punk (il en vient), il vole des moments aux sujets photographiés devant, à côté, par dessus et parfois par dessous (demandez lui sa collection de photos de culottes), il saisit de beaux moments.

Et c’est dans une sacrée continuité des expositions Global Tekno que Pedro Winter édite ce bel ouvrage. Pedro était d’ailleurs très présent sur le montage de Global Tekno I en 1995.

Quel bel ouvrage, hyper bien mis en page par le DA Nicolas Poillot.

Intw par Patrick Thevenin

Pour l’acheter

Guillaume et William reviennent

C’est étrange un départ volontaire, cela laisse toujours les autres dans l’embarras. Moi aussi, comme rapporté en fin de biographie sur Guillaume Dustan aka William Baranes par Raffaël Enault, j’ai fait partie de ses amis à l’avoir croisé à l’automne 2004. Je tombe d’abord par hasard au Rex Club, je revenais de Shanghai un peu fatigué. On s’est revus pour une fondue savoyarde à Saint Michel (un quartier où je ne vais jamais, mais avec Guillaume ce n’était pas pareil et cela donnait un aspect estudiantin). On avait échafaudé des plans pour son retour en grâce dans l’opinion, un argumentaire sur les différents sujets sur lesquels il avait été attaqué. Je faisais son spin doctor, sans doute un reste des 17 ans à collaborer avec Henri Maurel. Je sentais que les mots l’effleuraient. À postériori, et à la lecture de la biographie / journal de Rafael Enault, il semble qu’il était déjà ailleurs.

La nouvelle de sa mort fut triste, très triste, un peu comme le départ de Sextoy.

Il était loin le temps des week ends à l’époque de CQFG (et non E.M@LE) hiver 1998 / 1999 où nous nous réfugions dans le grand comble de la maison de sa mère, Lisa. On chargeait le Godin, on s’évaporait en volutes diverses et se projetait dans un imaginaire. À ce moment, je travaillais 7/7 bouclant dimanche dans la nuit pour chroniquer en direct à l’antenne à 7h45 lundi matin. La radio, ça ne te lâche pas, la presse ça t’empêche de dormir. Nous avons du faire quelques week ends entre rédacteurs, amis et utopistes notoires avant que sa collaboration n’explose, d’abord parce que ses coups de tête étaient notoires, comme danser au milieu des ordinateurs alors que Gilles Beaujard et Ionna bouclaient la maquette… Le plus gros problème était financier et pas de son fait. La presse gratuite LGBTI repose sur une myriade de petits annonceurs locaux très exigeants et très mauvais payeurs. FG a arrêté les frais au bout de six mois. Henri a du rabattre ses prétentions quant à l’opinion gay et Antoine (Baduel) faire au mieux pour gérer une situation tendue financièrement.

Il faut relire sa prose, ses éclairs de génie. On peut être écrivain et polémiste, Hugo, Sand, Mauriac ont montré la voie.

Pourquoi cette couv’ sur Tinky Winky des Teletubbies ? L’équipe de la matinale de Radio FG d’alors, le trio Schmitto (Olivier Schmitt), Xavier Faltot et Thomas Plessis ont fait brillé l’antenne, ils ont flashé sur ce personnage détonnant violet avec un sac à main (on était alors en pleine phase « hand bag »). On se disait toute la journée « lala » en s’évaporant dans les couloirs de la station…

Article à l’occasion de Dustant Superstar de Raffaël Enault (Robert Laffont)

Que dire du livre ? C’est le premier ouvrage sur Guillaume / William, soyons honnêtes, ne vilipendons pas le travail d’un jeune auteur, qui a réussi son projet. C’est très bien que cela ne soit pas un ouvrage hermétique au jargon insondable, mais un outil de vulgarisation de la pensée de notre ami. Guillaume était lui même un vulgarisateur (d’où le Rayon chez Balland).

Pour se faire une idée de E.m@le Magazine / CQFG

Kill me with your love ou les années Fréquence Gaie

« Poppers » était le générique de Double Face, une émission produite par Didier Varrod, animée par Michel Coquet, Jean-Luc Romero était également à la radio. Il y a des noms du monde des médias, de la musique, de la politique qui sont passés par Fréquence Gaie, Future Génération, devenue Radio FG dès 1990. Aujourd’hui Radio FG est un réseau multi local et international.

Cette « madeleine » LGBT pose la cruelle question de la mémoire. La négation du passé n’est pas une solution. Je pense à la déportation de Bernard Natan en 1942 (ancien PDG de Pathé*), qui ne doit pas exciter les actuels dirigeants de la société du Coq Français…

Comme dit Patrick Thévenin, la question des archives LGBT est désespérante. Je ne développerai pas ici les atermoiements de la question de la mandature Delanoë, qui a vu le naufrage d’un projet municipal, alors que la Ville de Lyon a juste réussi sur ce coup là ! Le sous secrétariat d’État aux Droits des Femmes n’avait t il pas aidé à remettre le fonds Simone de Beauvoir géré par la Bibliothèque municipale Marguerite Yourcenar ? Passons…

Aujourd’hui, il est encore temps de réunir la mémoire radiophonique des tapettes et des goudues des années 80.

Je ne remercierais jamais assez Geneviève Pastre, ancienne présidente de la radio, de son accueil à Lumigny lors d’une université d’été LGBT où je me suis fait quasi agresser verbalement par des « mili-tantes » énervées par la fin de Fréquence Gaie. J’étais venu avec Guillaume Dustan. On était les seuls journalistes présents… Et tout s’est bien passé.

Alors un grand merci à Patrick Thévenin d’avoir exhumé ce bijou, phare des Nuits Fauves disparues.

Alors qu’Anne Hidalgo mandate Jean-Luc Romero pour redynamiser le Tourisme LGBT à Paris, faisons aussi acte de mémoire et de partage.

Un groupe Facebook est dédié

Mise à jour février 2018

Le centre des archives LGBTIQ avance, une association vient d’être créée en vue de préparer le lieu pour la conservation des mémoires. Lien.

* Voir l’excellent documentaire de Label Video « Bernard Natan, le fantôme de la rue Francoeur » (aujourd’hui le siège de la FEMIS), en savoir plus ici.

François Mitaine

Cet article est une bouteille à la mer pour la postérité (numérique) de François Mitaine, un ancien collaborateur de Radio FG dont j’appréciais les fulgurances, la philosophie teintée d’ancien Testament et ses emphases. C’était un personnage, un galeriste de la Rive Gauche (soit une espèce particulière), capable de disserter aussi bien sur de l’excellent (vin de) Bourgogne, la balançoire de Fabrice Hyber ou sur une statue baroque. François Mitaine nous a quitté dernièrement après s’être battu deux ans contre la maladie. Cet article vise à donner quelques repères sur la Toile à la postérité sur ce que tu as fait.

Il n’y a pas tant de gens que ça avec qui la vie devient un champs des possibles et avec qui l’Histoire devient une ardoise qui se réécrit. L’art de la conversation, quel plaisir inestimable !

François, tu nous as quitté sans crier gare. On s’est connus via Henri Maurel en 1993, tu animais le magazine d’art contemporain de Radio FG, l’Atelier, qui a vu défiler tous les grands noms et artistes émergents de l’époque. Tu as fait danser tout Paris avec ton cirque, une réponse plus arty et personnelle à Global Tekno, que tu avais aidé l’année précédente pour sa première édition. FG devenait une nébuleuse agissante avec ses rendez vous et ses surprises. Et ce fut une surprise de taille, il suffit de voir la programmation…

Tu nous as invité avec générosité. On a fait les fous au Cirque d’Hiver, et tu as offert une première scène de taille à Sextoy, qui devenait alors une figure.

Tu as aussi porté sur les fonds baptismaux de l’art contemporain et de la République la alors toute pimpante Techno Parade en 1998. C’est toi qui a eu un éclair de génie en invitant l’artiste Antonio Gallego à balancer du haut du Génie de la Bastille des mots d’amour républicains bleu blanc rouge. Tu as tout géré, sans rien demander à personne. On a tous halluciné.

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Retour à New York février 1996. La ville  s’offrait à nous depuis la suite (présidentielle) du Waldorff Astoria que tu avais louée pour vendre une pomme. Une petite pomme dans un petit tableau signée Cézanne. Tu avais mené grand train et organisé une expédition digne d’une délégation officielle à coup de Concorde, limo et champagne sur canapé. J’étais alors en pleine découverte du « special K » à l’hôtel 17 sur la 14e, je devais être encore dans un demi coma, entre la cuisine laboratoire d’une copine et le Tunnel où j’allais avec Jeffrey (ce qui me permettait d’entrer dans la cabine de Junior Vasquez) et là bim tu m’invites dans la suite présidentielle. Je garde un souvenir de tes ambitions de célébrité que tu alternais avec des virées trash.

Tu étais capable de parler d’humanité aussi bien dans un lieu interlope de Manhattan, comme au Lure en ce mois de février 1996, que de parler de la Bible à des bourgeoises et collectionneurs. Tu as rejoint Henri Maurel dans la galaxie de nos rêves. Karim s’occupe de tout désormais.

Discours Henri Maurel

Merci à Olivier Degorce pour les photos.