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Consensus sur la night en Ile de France ?

La pétition Quand La Nuit Meurt En Silence a pris un tournant politique avec l’envoi d’un questionnaire aux principaux candidats des élections régionales en Ile de France : Front de Gauche, Nouveau Parti Anticapitaliste, Parti Socialiste/MRC/PRG/MUP, Modem & UMP/NC. C’est le moment des promesses qui ne valent pas très chères et les candidats ne s’en privent pas, une fois de plus. Les questions sont assez simples, et demandent les engagements du candidat pour améliorer les choses tant pour les exploitants que pour les publics des lieux nocturnes. Les exploitants, étant des citoyens comme tout le monde (et pas toujours des amateurs de Scarface en costards blancs, etc.), peuvent peser, comme d’autres lobbys (osons le mot pour une fois), sur le cours des élections et faire valoir leur poids électoral (hypothétique : la fête n’est pas un objet politique…).

Toutes les listes sont, en gros, favorables à :

– Étendre les horaires des transports en commun

– Défendre les lieux culturels et nocturnes

– Créer un conseil permanent des acteurs de la Culture en Ile de France ou mieux aider les artistes (V Pécresse)

Les plus dogmatiques, et droits dans leur botte (en caoutchouc recyclé), sont peut-être Europe Écologie dont les réponses sentent bon l’équité et la tentation de la décroissance : « penser la vie culturelle nocturne comme en concurrence avec d’autres capitales ou villes européennes nous paraît être une chimère qu’on poursuit et qu’on ne rattrape jamais. » Europe Écologie propose un pass transport unique à 65 €, fort décrié par JP Huchon, un système de « discomobiles » relayés par le web et la 3G pour animer des espaces modestes et des minibus type « taxis brousses » pour les déplacements nocturnes et à la demande. Le NPA est quant à lui tout à fait contre des aides publiques à des personnes morales privées et justifie son choix dans les priorités. L’économie du tourisme et de la culture ne figurent pas dans celles ci. On avait compris.

Le plus concret reste Jean-Paul Huchon qui propose une action pour promouvoir le tourisme festif (label « Paris by night »), de démarrer les transports à 4h du matin (cela profite autant à ceux qui sortent tard que ceux qui travaillent tôt) et de créer une « instance régionale de représentations des professions de la Culture » (tiens, aucun lobby culturel n’a pesé sur les élections…).

Les réponses les plus fantasques sont peut être dues à Valérie Pécresse qui veut construire un atelier d’artiste supplémentaire par département (qu’est ce que cela changera ?), créer une plate forme web pour « booster leurs (aux artistes) talents », rappelle le rôle du Noctilien et construire « un grand lieu de diffusion de la culture en Ile de France » (n’y aurait il pas assez de « pierre » dans la politique culturelle et d’argents gâchés en fonctionnement ?).

Les autres réponses ne sont pas toujours dénuées d’intérêt, comme la création de « quartiers musiques » par le candidat Modem Alain Dolium, qui stigmatise le fait que les Franciliens veulent quitter la Région, ou l’élaboration d’un vrai statut du bar musical par le Front de Gauche ainsi que la remise en cause du pouvoir discrétionnaire du Préfet sur les autorisations de nuit (bonne idée !).

Il y a donc des candidats qui s’engagent beaucoup, surtout qui n’ont aucune chance de gagner, un candidat qui modère ses engagements (JP Huchon) et la candidate de l’UMP qui semble apprécier les artistes. Les acteurs de la pétition assument le fait de ne pas avoir posé les questions à tous les candidats, dont le Front National.

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Sur le front de la night

Quoi de neuf sur le front de l’hédonisme suintant et de la créativité à paname ? Une pétition qui dépote et qui pousse des pouvoirs publics atteints parfois d’œdèmes fessiers à force de faire les ronds de cuir et à écouter Dalida en boucle (ça, c’est une dédicace à Notre Dame de Paris ;)) et toujours quelques établissements culturels en faillite (le 104) et l’annonce constante de la création d’une Symphonie de Paris tant attendue par notre célérite et attachant Pierre Boulez, jeune homme fringant s’il en est, capable de convaincre les édiles de jeter notre argent dans une merveilleux nid de poule à 400M€.

L’événement est le succès de la pétition Quand La Nuit Meurt en Silence, qui a largement été médiatisée. Le New York Times résume bien la situation en narrant les mésaventures du Zero Zero, que je trouve être le meilleur spot de Paris (gens + musique + bière = succès garanti). Le lieu échappe à une énième fermeture administrative si tout va bien (on prie Sainte Rita encore à cette heure !).

Vue des stickers par http://ramona.typepad.fr/ramona/

La pétition a provoqué une forte énergie fédératrice des professionnels et du public autour des métiers de la nuit, sur les nuisances sonores et elle a mis en lumière une législation mal adaptée, mais aussi les carences, dans une ville comme Paris, du soutien à la nuit par les pouvoirs publics comme enjeux de politique locale et d’attractivité touristique.

À ce sujet, on peut parcourir l’étude sur l’attractivité nocturne de Paris réalisée par l’École de Guerre Économique sur demande de la Chambre Syndicale des Cabarets Artistiques et Discothèques (CSCAD, syndicat le plus représentatif des lieux nocturnes parisiens). Bonne lecture de chevet pour nos amis politiques en panne d’idées sur une des premières industries du pays.

La pétition permet ainsi d’ouvrir un débat de société: le vivre ensemble ! Même la nuit, on peut vivre et travailler ensemble, car, même si tous les chats sont gris, près de 40% des travailleuses-eurs parisiens poussent les wagonnets au fond de la mine entre 20h et 4h du matin… Les signatures (presque 15 000) s’arrêtent ce 31 Janvier 2010 à minuit. N’hésitez pas à faire encore et encore tourner !

Le projet de la pétition est de se porter candidate à la réalisation des États Généraux de la Nuit, séminaire professionnel pour valider une concertation sur des réformes de règlements obsolètes ou mal/pas appliqués et réunir tout le petit monde de la night dans des ateliers thématiques. Le débat dépasse la commune de Paris (105 km2), certaines réformes portent sur des articles de lois s’appliquant à tout le monde (norme de bruit, catégories sur les Établissements Recevant du Public, etc.).

Pour le moment, seule la Ville de Paris a annoncé une journée de séminaire de l’Observatoire des Lieux de Vie et de Diffusion Culturelle, créé à l’occasion de la Charte des Lieux de la Ville en 2004. Ces ateliers de travaillant verront la participation de la Préfecture de Police de Paris, qui est vraiment à la hauteur des enjeux et représente un État muet sur la question.

Notre Ministre de la Culture (& de la Communication) n’a eu qu’une parole blasée et déplacée à France 3 : « ce n’est pas parce que quelques bobos ne savent pas où aller qu’il faut s’inquiéter ! ». Dommage de sa part… Exit aussi la Région Ile de France dont les candidats auront à répondre en vidéo au questionnaire de la pétition.

Et pour ne pas terminer sur note triste, je vous propose de revivre ce grand moment de délicieuse musique revisitée par les Disques En Rotin (label mythique niçois) mis en image par Brice Dellsperger et interprété, entre autres, par Jean-Luc Verna.