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Eden un film sur l’échec

C’est avec une certaine circonspection que je suis allé voir le film Eden. Je supporte le film depuis l’été 2013 et je félicite Mia Hansen-Love et Charles Gilibert d’avoir réussi leur pari. Ce n’était pas gagné.

Le choix de la réalisatrice, Mia Hansen-Love, de traiter d’un sujet aussi personnel que le parcours de son frère. Sven Love : ex duo Cheers, ex DJ résident des mythiques soirées Respect à Paris et ailleurs dans le monde, ancien étudiant en littérature. Délicat car le film traite de l’échec dans un contexte parisien, festif et halluciné. Une certaine grâce habite le film, une grâce ralentie ou de contemplation que le rôle principal, Félix de Givry, illustre fort bien.

Eden n’est pas un film sur la musique, c’est un film introspectif qui se déroule dans un certain milieu parisien, entre Quartier Latin et le Brooklyn du PS1.

Nous avons cru y voir un film générationnel, il n’en est rien. C’est autre chose et surtout très personnel. Il y a des séquences historiques incroyables, comme la rave du Fort de Champigny, la Yes Party (même si le visuel n’a pas été retenu au montage), le studio de FG en 1995 à Rivoli, l’équipe Respect (is burning), etc. Petite parenthèse sur FG, ceux qui ont connu le studio de la rue Rébéval s’en souviennent, le choix de DJ Deep de sortir un album sous ce pseudo est étonnant. David Blot, qui est interprété dans le film, devrait se lancer dans le cinéma, son rôle de patron de boîte est crédible, tout comme l’apparition d’Arnaud Frisch (Silencio), qui donne une grande leçon de physionomie à son physio. Cette scène a du faire plaisir à des tonnes de gens, on a tous été refoulés d’un club. Évidemment, certains peuvent penser que Hervé, qui interprète un journaliste du collectif eDEN et sur FG et qui porte des lunettes, est inspiré de votre humble serviteur. Entre parenthèse, je serais donc un des rares rôles gay… Fichtre.

Les Daft Punk seraient les anges à la manière de Théorème de Pasolini. Ils incarnent des moments précis de l’existence du rôle principal et surtout la réussite. La dernière scène, qui se déroule au Silencio, est d’une véritable cruauté, mais tellement véridique.

Le lien avec le fanzine du Collectif eDEN (le vrai nom de l’association qui a édité le canard format pocket) est factuel et permet à ce vieux coucou de la presse musicale préhistorique (à cette époque on portait des chapeaux ronds de rave et pas encore des costumes de Bob l’Éponge) de faire gentiment son come back. C’est en discussion.

Le grand succès du film est son excellente BO, qui permet aux béotiens du genre garage de se faire un cours de rattrapage. Écoutez cette émission de France Inter qui invite Sven Love (lien). Félicitons Thomas et Guy-Manuel des Daft Punk d’avoir hautement soutenu le film en accordant l’utilisation de plusieurs de leurs titres. Sans eux, pas mal de choses n’auraient pas pu se déclencher.

D’autres belles surprises :

– le Silencio a commandé (entre autres) à M/M Paris une affiche originale sur le film.

– la belle expo de photos de tournage à la galerie du 12 rue du Mail et l’ouvrage idoine de Estelle Hanania (photographe) et Angie David (écrivaine) offerts par Red Bull Studio Paris, qui a soutenu avec brio l’épopée du film.

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Il y aura d’autres surprises.

Expo French Touch

Une affiche qui fit la ruine d’un producteur, mais quelle soirée !

Décidément, la French Touch est une marmite encore en ébullition attirant un public curieux et plutôt jeune. Inquiet de voir des brontosaures comme moi arpenter les allées de l’exposition que les Arts Décoratifs dédie à la séquence 1993/2000 de la production électronique française, j’étais plutôt rassuré de voir des têtes inconnues et d’autres plus communes : Loïc Prigent (ayant célébré le retour de la rave sur Canal Plus et déclenché les foudres préfectorales en Seine Saint Denis), Cyrille Lascaud, Alexandre Moggi et Olivier Degorce de M&M’s, Jean-Benoît Dunckel, Olivier Boscovitch, La Shampouineuse… Le vernissage était presque une fête de famille.

Amélie Gastaud, la conservatrice en charge de l’exposition, a préféré une présentation par label, reconnaissant ainsi le lien explicite entre musique et image. Tout passait par là, les labels se dépensaient en créativité, même si des bataillons de pochettes et de flyers peuvent dormir désormais au fond des décharges tellement je ne veux pas les revoir. La scénographie réalisée par 1024, dont on peut voir au Social Club la déco « futuristico Tron », est légère. Le choix d’avoir offert l’allée centrale aux photos de M&M’s est excellente (cela rappelle trop Global Tekno).

Contacté par la commissaire d’expo, j’ai écrit un texte sur le flyer pour le (beau) catalogue (extrait ici). Une suite plus fouillée est à méditer pour ce blog ou pour un autre ouvrage. Cela donne envie de relancer le « flyorama », rubrique avortée de ce blog.

Il est dommage de ne pas avoir pu crédité Nicolas Foucher de la photo de couverture d’eDEN 5.

Photo Nicolas Foucher – DA par M/M Paris

Exposition aux Arts Décoratifs, 107 rue de Rivoli, 75001 Paris, jusqu’au 31 mars 2013.