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Crise au Magasin : contexte de la clôture de la pétition en soutien à Yves Aupetitallot

Ou lettre imaginaire à Audrey Azoulay pour une vraie pétition.

L’art monopolise certains esprits. La pétition en soutien à Yves Aupetitallot se clôt sur fond d’amertume et d’espoir. L’amertume qu’un professionnel de cette stature n’ait d’autre choix que de plaider prochainement son droit  auprès du Conseil des Prud’hommes de Grenoble. L’espoir que le soutien affiché de nombreux acteurs du monde de l’art relayé en France par le Quotidien de l’Art & Art Press attire votre attention sur sa situation particulière dans un environnement où les pouvoirs publics semblent de plus en plus ignorants des réalités des scènes artistiques et culturelles qu’ils entendent pourtant soutenir

Votre administration a t elle par exemple voulu bien faire en mettant en place un appel à candidature pour le pavillon français de la Biennale de Venise ? Le règlement, pondu par la DGCA (Direction Générale de la Création Artistique), demande un « projet » financé équilibré ajusté et défini. L’artiste est un maillon de l’industrie culturelle, voire de l’économie tout court. L’emploi culturel est alimenté (entre autres) par 26 écoles des Beaux Arts crachant ses promotions inexorablement dans les files d’attente des CAF pour le RSA. Désormais, vos services demandent aux impétrants plasticiens de la Biennale de Venise de candidater selon des critères aussi bien artistiques que financiers (lien). Voulant faire fi du simple pouvoir discrétionnaire de l’État, cette méthode veut valoriser l’action du ministère, mais 12 commissaires d’exposition la dénoncent par voie de presse (Les Inrocks du 22 avril).

Grenoble n’est pas Venise, mais ça peut aussi prendre l’eau. Le CNAC Le Magasin reste le plus grand centre d’art soutenu par votre ministère hors de Paris et son directeur a été remercié pour faute grave en seule réponse aux deux procédures engagées par lui en raison notamment de la négation de l’autonomie de sa programmation… ce qui n’honore ni les exigences du droit du Travail ni les termes de la Loi sur la Création artistique que vous portez. En tout cas la Présidente du CNAC n’a pas manqué, dans les foisonnantes motivations du licenciement d’Yves Aupetitallot, d’invoquer son exposition Seydou Keïta au Grand Palais dont le succès public et médiatique souligne l’excellence. Les artistes et la scène artistique française doivent-ils considérer que cette exposition sera sa dernière création ?

Aujourd’hui, le comité de soutien à Yves Aupetitallot, vous remet par voie postale la pétition qui rassemble 779 signatures d’artistes et de professionnels de la création contemporaine, soit 223 membres du comité de soutien et 556 pétitionnaires en ligne.

Téléchargez la lettre à Audrey Azoulay, ministre de la Culture & de la Communication.

Illustration : Olivier Mosset et Yves Aupetitallot, Lausanne, 2003.

Une nécessaire transformation

Vue de la façade du CNAC – LE MAGASIN

Tribune à Yves Aupetitallot

L’arrêt de projets non budgétés ouvre la voie à la rénovation attendue de la politique de l’État dont l’action s’est recentrée sur Paris dans un retour à l’ordre conservateur concomitant à la « spectacularisation » et à la marchandisation de l’art.

Pendant que la capacité d’intervention des structures en région se dégradait, l’État, replié sur une recherche identitaire et protectionniste, lançait des projets parisiens censés réactiver la scène française.

Quand le budget de fonctionnement du Palais de Tokyo était doublé (3 à 6M€) et qu’il captait plus de 70% de l’investissement, 6% des crédits des arts plastiques étaient gelés.

Quand les milieux artistiques étrangers exploraient les transformations socio-politiques et les scènes artistiques émergentes, la spiritualité, le beau ou encore la place de l’art français faisaient discours.

Nul doute que la ministre devrait repenser l’action de l’État dans une dimension territoriale rééquilibrée, comme elle devrait favoriser l’émergence d’autres pratiques que celles du consumérisme et du conservatisme. Mais n’ayons pas de parole embarrassée, elle pourrait également veiller à la reprofessionnalisation et à la diversification de ses acteurs.

La réforme de l’existant, hérité des années quatre-vingts, saurait-elle toutefois suffire à répondre aux transformations de l’art contemporain et de la réinvention des usages sociaux de ses productions ? À un moment où la typologie classique des structures et de leurs missions comme les fonctions qui les servent sont de plus en plus transversales et interchangeables, le croisement et le partage des métiers et des savoirs, y compris avec d’autres disciplines et d’autres champs de recherches, offre la possibilité de réfléchir la refondation de l’action publique et notamment de construire des modèles économiques coopératifs pour peu qu’ils soient dotés des outils juridiques et fiscaux nécessaires.

L’enjeu est bien celui de réinvestir l’État de sa mission prospective et stratégique, politique diront certains.

————————————————- Ce texte a été publié dans les Inrocks.

Yves Aupetitallot est le directeur du Centre National d’Art Contemporain Le Magasin, un centre d’art dont l’aura est incontesté depuis plus de 20 ans et qui a vu dans sa « rue » et sa galerie un nombre impressionnant d’artistes.

Cette tribune répond au besoin d’informer l’opinion sur l’évolution de la politique culturelle quant aux arts plastiques de l’État. L’enthousiasme n’est pas de mise, mais le spectacle continue, la FIAC ouvre ses portes cette semaine.

Pour mieux apprécier la situation, lisez cet article du Journal des Arts.