Nuit : Londres et Paris annoncent des mesures

Coup de théâtre : le maire conservateur de Londres, Boris Johnson, entend s’appuyer sur le principe « Agent of Change » pour répartir les investissements éventuels en cas de conflit d’usage entre riverains et exploitants de lieux. Ce principe reconnaît un droit d’antériorité aux exploitants de lieu et une obligation aux éventuels contestataires des activités incriminées de partager les efforts… Révolution ou est ce juste un principe de médiation propre au droit anglais ? Ce principe est appliqué à Melbourne et Montréal et a même fait l’objet d’une pétition en Angleterre. Le droit d’anglais, tissé de coutumes, met au centre l’agrément, la médiation et non la rigidité du texte. Quoi qu’il en soit, le plan de sauvetage des salles de concert de la Cirty Of London est de bon fort aloi :

  • création d’un poste de « maire de nuit » comme à Amsterdam,

  • création du London Music Development Board,

  • édition d’un guide de sauvegarde,

  • protection renforcée pour les quartiers historiques musicaux (Soho, Denmark Street…).

  • Etc.

Cliquez pour avoir le London’s Grassroots Musc Venues plan d’octobre 2015

La Mairie se dote d’une instance consultative et d’un Maire de Nuit, sorte d’échevin de la night comme à Amsterdam. Londres imite peut-être la Mairie de Paris, qui s’est lancée résolument dans la coconstruction d’une politique sur la nuit * avec toutes les parties présentes (dont les riverains), mais Londres le fait en partenariat avec une instance professionnelle nationale (Music Avenue Trust). Ce modèle londonien s’inspire de celui de Toronto au Canada, qui vient de sortir un ambitieux plan de soutien à l’industrie musicale : The Mastering of a Music City. Tous ces plans sont nécessaires, des emplois locaux et non délocalisables sont en jeu.

Laurent Fabius a présenté la feuille de route pour le tourisme nocturne

Il n’est pas possible de parler de nuit sans citer la démarche originale de notre ministre Laurent Fabius, insufflant énergie et méthode dans une direction du Tourisme alors traditionnellement confiée à des seconds couteaux et dépendant de Bercy. Révolution, le tourisme est au « quai ».

En ayant intégré le tourisme nocturne aux pôles d’excellence et demandé à Renaud Barillet (Réseau MAP, La Bellevilloise…) et Frantz Steinbach (CD1D, Felin…), tous les deux initiateurs des Pierrots de la Nuit, d’auditionner 400 professionnels, un rapport de 22 mesures a été présenté en octobre dernier.

Les mesures ont de la méthode :

  • repenser les fermetures administratives pour rétablir la confiance des investisseurs,
  • créer une clause d’antériorité pour protéger les établissements de recours abusifs
  • établir une convention liant Atout France et les principaux acteurs de la vie nocturne française
  • valoriser la nuit culturelle et festive avec la mise en place d’un outil dédié de type marque ou label
  • créer une identité de marque pour la nuit française et la décliner sur divers supports de communication
  • initier une campagne promotionnelle autour de la vie nocturne française
  • organiser un évènement emblématique pour promouvoir la vie nocturne française à l’international
  • encourager la création à Paris d’un site où la vie nocturne française pourrait être mise en valeur toute l’année
  • encourager la création de lieux de fête sur l’eau dans toutes les grandes villes traversées par un fleuve ou en bordure de lacs
  • créer un site internet multilingue pour promouvoir la diversité de l’offre nocturne (lieux et événements)
  • favoriser le financement de projets de tourisme de nuit (avec la BPI),
  • consolider les statistiques et données existantes autour de la vie nocturne.

Les mesures proposées vont dans le bon sens, mais auront du mal à se réaliser sereinement sans une mission inter-ministérielle Intérieur / Justice / Culture / Jeunesse et d’un paquet législatif supprimant quelques blocages historiques **.

Saluons au passage la proposition de loi de Sandrine Mazetier (députée de Paris et VP de l’Assemblée Nationale) sur une « urbanité réussie de jour comme de nuit » en 2012, qui mériterait de faire l’objet d’un groupe de travail dans les deux assemblées.  À ce jour, les deux grands projets de loi NOTRe et Création ne font pas état de réformes notables pour le secteur, à part évidemment l’article amendé par le gouvernement autorisant la pratique amateur de l’artiste (au grand dam de la CGT, organisation elle même aux prises avec ses contradictions ***…).

Donc, oui, Paris est aux prises dans la concurrence mondiale des destinations, il serait malvenu que ce sujet soit classé ou relégué au rang de nuisances comme aimeraient certains lobbys. Ce secteur a besoin de cadre et d’une politique d’innovation. La dizaine de mesures présentées par Frédéric Hocquard lors de la plénière du Conseil de Paris vont dans le bon sens et seront reprises ici quand la Mairie les communiquera.

* au grand dam du réseau de riverains "Vivre Paris, lisez ici leur analyse du Conseil de la Nuit réuni en plénière le 21 octobre 2015. Ce qui n'est pas le cas d'Action Barbès dont on peut louer la retenue et le sérieux : lire ici leur analyse des mesures du Conseil de la Nuit.
** autorisation de nuit révocable à tout moment privant le secteur de tout investissement conséquent, pouvoir discrétionnaire accordé au préfet l'autorisant à des fermetures administratives alors que la fermeture d'un commerce est judiciaire en Europe et obligation de la licence d'entrepreneur de spectacle pour la production de spectacle (aujourd'hui les entreprises UE en sont exemptées).
*** La CGT est impliquée dans le GIP Café Culture aux côtés du réseau Culture Bar Bars et de l'UMIH (lien). Il faudra faire un choix un jour…