Mes nuits de Paris seront toujours plus belles que les vôtres

 

Les États Généraux de la Nuit de la Ville de Paris auraient pu être un fiasco, un vaste canardage entre exploitants de lieu et paroles creuses d’élus fatigués par toute cette agitation, qui met en péril la tranquillité des électeurs, avides de tranquillité et d’émerveillement. Ce fut salle comble dans la salle des Fêtes de l’Hôtel de Ville, paisible château en perpétuel travaux depuis des années, le Maire exprima son étonnement de voir une telle foule et autant d’adjoints réunis. Cela doit le changer des réunions sur les crèches associatives et des comptes rendus de mandat en mairies d’arrondissement.

Un débat dans l’hémicycle du Conseil de Paris fut tenu à l’initiative de Mao Peninou, adjoint en charge des États Généraux (et qui s’occupe du fameux « Bureau des Temps », de l’accueil des usagers dans les services publics), de 22h15 à 2h. Premier constat : le Conseil de Paris est un peu cheap, je m’attendais à un peu plus de lustre, malgré les tapisseries aux murs, les placards néo renaissances mêlant « RF » au relief de la vieille France et le mobilier pour asseoir les séants des conseillers. Deuxième surprise : Rosa Bonheur était assise à la place de Lamour. Quel hasard ! Et moi, j’occupais la place de l’illustre JF Legaret, connu pour égaler Jaruzelski en prestance. Rachida et Christine n’étaient pas très loin, sans parler de Thierry Coudert, qui aurait brillé de sa verve préfectorale dans cette assemblée, face à Renaud Vedel, préfet adjoint en charge des relations avec la Ville de Paris, et qui a donné un bon exemple de la mesure de l’État. Il fut le premier à évoquer le fait que l’offre de la nuit parisienne n’était pas en phase avec la population francilienne. Mais quand on traverse le périphérique, on est vite perdus, et Julien Dray, le célérite vice président de la Région Ile de France en charge de la Culture, nous a même donné un chiffre de son acabit totalement étonnant : à Paris, on croise une voiture de flics toutes les 4 mn en moyenne…

Passons au fond des choses que je partage ici, car l’énergie m’a manqué pour intervenir au sein d’une assemblée disparate, acquise pourtant… Frédéric Taddeï évoquait les transformations générées par le téléphone portable, mais cela date des années 90. J’ai même l’impression que les applications & réseaux sociaux n’ont pas d’impact sur les pratiques festives. les gens ne savent pas où sortir, continuent d’aller dans les mêmes lieux, et s’ils utilisaient les médias communautaires, peut être que certains spots pourris cesseraient d’être fréquentés, du fait que la vérité sur la bassesse de leurs exploitants se révèleraient au grand jour. Que nenni !

Il y a plutôt une grosse tendance festive serait le retour domestique l’hiver et la tendance « apéro géant » à la belle saison. En gros, on n’a plus tellement de sous et ni envie d’aller dans les lieux normés, parce que trop normés justement, et pas assez étonnant, du fait du manque d’argent. Résultat, on ne se mélange plus dans les lieux de fête, réservés à Paris à quelques ectoplasmes argentés et décérébrés qui se comparent ramage et plumage. Les années 90 ont vu l’utopie techno, celle de la fête sublimée et dionysiaque qui ré-enchantait des espaces industriels et permettait le mélange des gens, comme les bals musette et les guinguettes dans une grande tradition païenne et religieuse. Les années 2010, en tout cas à Paris, voient le repli sur soi et le reconquête dispersée de l’espace public, les amoureux et groupes d’écoles de commerce sur le pont des Arts, les étudiants sur le Canal Saint-Martin, les africains rue Saint Denis, pas loin des prostituées chinoises en tenue de secrétaires de direction…

Comme le dit si bien Éric Labbé, la notion même de riverain est une dissolution de la démocratie (ne serait il pas un digne héritier de Proudhon ?) et un pas vers une « dictature du voisinage ». Normal, les Français considèrent le bruit comme une des plus grosses pollutions. On ne supporte pas le bruit de l’autre. On déteste son voisin. On se bourre de calmants pour ne pas entendre les voisins brayer ou se taper dessus… On se drogue pour festoyer, et la consommation de cocaïne est telle qu’elle va se substituer au THC… Où va t on ?

Vous pouvez regarder le débat sur les nouvelles pratiques festives animé par Frédéric Taddeï et qui a eu lieu dans l’hémicycle même du Conseil de Paris. C’était une bonne idée. Je fus d’un silence atterrant qui m’atterra moi même… alors que j’aurais eu moult choses à dire. Heureusement, mon associée Mimi a défendu la vision de Rosa Bonheur avec les mots les plus justes possibles.


Les Etats Généraux de la Nuit : débat nocturne
envoyé par mairiedeparis. – L’info video en direct.

Je tiens vraiment à féliciter Stéphane Martinet (visible à la minute 48), qui a eu un des rares propos sur les nouvelles pratiques festives. Il est vraiment dommage que l’animateur n’ait pas rebondi dessus. Les riverains ont pourri le débat et certains professionnels ne l’ont pas assez élevé, hormis Renaud Barillet et Bruno Blanckaert. Éric Labbé a fait ce qu’il a pu, mais une journée entière de débats l’a aussi un peu exténué… On peut comprendre.

À l’occasion des États Généraux, le blog de Florian aka DJ Speedloader a consacré une interview à Matthieu Jaussaud qui synthétise bien les tenants et aboutissements de la pétition.

Publié par christophe

Associé de Rosa Bonheur - Consultant artistique, communication & web - Chargé de mission à Technopol - Techno Parade

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3 commentaires

  1. Oui, ces États Généraux de la Ville de Paris ont démontré que la nuit peut être considérée autrement que comme une nuisance, surtout quand une enquête économique démontre que 40% des actifs travaillant à Paris sont à l’oeuvre après 20h et avant 4h du matin… Il appartient désormais à l’État de faire de même… Suite au prochain épisode avec les Nuits Capitales de novembre 2011.

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