François Mitaine

Cet article est une bouteille à la mer pour la postérité (numérique) de François Mitaine, un ancien collaborateur de Radio FG dont j’appréciais les fulgurances et sa philosophie teintée d’ancien Testament. C’était un personnage, un galeriste de la Rive Gauche (soit une espèce particulière), capable de disserter aussi bien sur de l’excellent (vin de) Bourgogne, la balançoire de Fabrice Hyber ou sur une statue baroque. François Mitaine nous a quitté dernièrement après s’être battu deux ans contre la maladie. Cet article vise à donner quelques repères sur la Toile à la postérité sur ce que tu as fait.

Il n’y a pas tant de gens que ça avec qui la vie devient un champs des possibles et avec qui l’Histoire devient une ardoise qui se réécrit. L’art de la conversation, quel plaisir inestimable !

François, tu nous as quitté sans crier gare. On s’est connus via Henri Maurel en 1993, tu animais le magazine d’art contemporain de Radio FG, l’Atelier, qui a vu défiler tous les grands noms et artistes émergents de l’époque. Tu as fait danser tout Paris avec ton cirque, une réponse plus arty et personnelle à Global Tekno, que tu avais aidé l’année précédente pour sa première édition. FG devenait une nébuleuse agissante avec ses rendez vous et ses surprises. Et ce fut une surprise de taille, il suffit de voir la programmation…

Tu nous as invité avec générosité. On a fait les fous au Cirque d’Hiver, et tu as offert une première scène de taille à Sextoy, qui devenait alors une figure.

Tu as aussi porté sur les fonds baptismaux de l’art contemporain et de la République la alors toute pimpante Techno Parade en 1998. C’est toi qui a eu un éclair de génie en invitant l’artiste Antonio Gallego à balancer du haut du Génie de la Bastille des mots d’amour républicains bleu blanc rouge. Tu as tout géré, sans rien demander à personne. On a tous halluciné.

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Retour à New York février 1996. La ville  s’offrait à nous depuis la suite (présidentielle) du Waldorff Astoria que tu avais louée pour vendre une pomme. Une petite pomme dans un petit tableau signée Cézanne. Tu avais mené grand train et organisé une expédition digne d’une délégation officielle à coup de Concorde, limo et champagne sur canapé. J’étais alors en pleine découverte du « special K » à l’hôtel 17 sur la 14e, je devais être encore dans un demi coma, entre la cuisine laboratoire d’une copine et le Tunnel où j’allais avec Jeffrey (ce qui me permettait d’entrer dans la cabine de Junior Vasquez) et là bim tu m’invites dans la suite présidentielle. Je garde un souvenir de tes ambitions de célébrité que tu alternais avec des virées trash.

Tu étais capable de parler d’humanité aussi bien dans un lieu interlope de Manhattan, comme au Lure en ce mois de février 1996, que de parler de la Bible à des bourgeoises et collectionneurs. Tu as rejoint Henri Maurel dans la galaxie de nos rêves. Karim s’occupe de tout désormais.

Discours Henri Maurel

Merci à Olivier Degorce pour les photos.