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Et bien maintenant dansez !

Visuel extrait de l’instruction ministérielle.

Un bon matin de juin, baigné de soleil à un jet de pierre de l’Élysée, un texte révolutionnaire dans le rôle de l’État sur l’accès à la culture est présenté à plusieurs organisations professionnelles du spectacle vivant privé et subventionné et de la fête libre (Freeform) par le préfet délégué à la sécurité du tourisme, Étienne Guepratte. Il lui semblait assez naturel de présenter un texte déjà publié au Journal Officiel (en date du 18 mai) par l’Intérieur n’ayant pas été discuté avec les principaux destinataires en amont. C’est ainsi que « l’instruction ministérielle relative à l’indemnisation des services d’ordre » est imposée sans le moindre froncement de sourcil. On était juste là pour discuter de son application.

Les représentants des principales organisations, comme le Prodiss, Syndeac, le SMA / Syndicat des Musiques Actuelles, Profedim, etc. n’avaient pas tous le texte et donc n’avaient pas eu le temps d’en prendre connaissance. Un ange est passé avant que des questions osent être posées.

C’est un changement de « paradigme » total, du moins d’approche. Non seulement André Malraux est enterré, mais Jack Lang est balancé dans le Panthéon de la politique culturelle de notre beau pays. Alors que le ministère de la Culture s’est efforcé depuis 20 ans à démontrer l’impact des industries et la place de l’emploi culturel dans le PIB, le gouvernement actuel fait fi de cette réalité pour imposer cette mesure. Faire payer des forces de l’ordre n’est pas nouveau, le systématiser avec un texte « usine à gaz » digne d’un jeune technocrate sent le délire intellectuel et l’utopie.

La logique est la suivante : la culture est la première cible des attaques terroristes et doit être aussi la première à payer. Le texte oblige le client à assurer les forces de l’ordre pour les dommages causés aux tiers, d’ordinaire l’État est son propre assureur. La grille de tarifs se base sur un précédent arrêté de 2011, M Guepratte a insisté sur la non inflation. Un entretien préalable doit absolument avoir lieu entre le préfet ou son délégué à la sécurité pour discuter des mesures à prendre. Néanmoins, ce n’est pas un dialogue classique avec un prestataire lambda vu qu’il n’est pas possible de déroger aux mesures de police. Un refus signifie l’annulation de l’événement, surtout quand le devis tombe à quelques jours… Une personne physique peut signer, disposition indispensable pour les 4000 free parties recensées en France. Il y a aussi l’idée d’un « bouclier tarifaire » pour les manifestations non lucratives déjà facturées, qui limite l’augmentation à 30%. Un guide méthodologique devrait suivre. On sent bien que ce texte n’a pas été hautement discuté avec le ministère de la Culture et les professionnels concernés.

Une circulaire du ministère de la Culture doit suivre vu que le ministère ne co signe pas l’instruction de l’Intérieur… Ce communiqué tente de rattraper ce qu’on peut quand même qualifier une gaffe politique en pleine saison des festivals.

L’idée que la culture soit accessible à tous s’évapore, seuls les individus capables de payer des billets démentiels du fait des cachets mirobolants des artistes en tournée et des coûts de sécurité.

Ainsi les Eurockéennes voient la facture « force de l’ordre » subir une inflation de 800% :

« Les Eurockéennes de Belfort, l’un des plus grands festivals indépendants capable d’attirer 130.000 personnes, voient leur facture de «prise en charge du service d’ordre» passer de 30.000 à 254.000 euros. Une augmentation colossale de 800% dont n’ont pas encore conscience tous les festivals » (source : Le Figaro).

Par dessus le marché, le fonds d’urgence pour aider les acteurs culturels à supporter le poids sécurité après les attentas de 2015 se voit réduit à 4 M€ et ne sera pas reconduit en 2019.

Pour les acteurs de la fête libre, le texte est juste inapplicable, il est requis une police d’assurance tant pour les dommages causés aux tiers (RCO) que pour assurer les forces de l’ordre.

La première application connue est l’ardoise de 450 000 euros adressés au festival Microclimax alliant édition indépendante et musiques indépendantes. Il faut préciser que ce festival totalement réalisé par des bénévoles attendait 450 personnes par jour, waouh ! Extrait du site du festival :  » Le 7 juin, la municipalité de l’Ile de Groix interdit la manifestation, puisque l’association n’est pas en mesure de financer 40 agents de la gendarmerie sur trois jours. (Coût du dispositif 19 800 euros minimum). » Source

Niveau politique, seuls Jack Lang et le sénateur Cabanel se bougent. Le sénateur du Gard pose une question * au Gouvernement sur le sujet (à suivre ici). Comme disent certains hérauts gouvernementaux, ils reflètent « l’ancien monde ».

Histoire à suivre donc. Et comme disait madame la Marquise à ses manants : « Et bien dansez maintenant ! ».

* La question du sénateur Cabanel : Question n° 06092 adressée à M. le ministre d’État, ministre de l’intérieur  À publier le : 12/07/2018 
Texte de la question : M. Henri Cabanel appelle l’attention de M. le ministre d’État, ministre de l’intérieur, sur les très vives inquiétudes suscitées au sein du monde des festivals et plus généralement chez tous les organisateurs d’événements culturels et sportifs par l’instruction ministérielle du 15 mai 2018 relative à l’indemnisation des services d’ordre. Cette instruction précise dans un sens rigoureux les modalités d’application de l’article L. 211-11 du code de la sécurité intérieure qui dispose que « les personnes physiques ou morales pour le compte desquelles sont mis en place par les forces de police ou de gendarmerie des services d’ordre qui ne peuvent être rattachés aux obligations normales incombant à la puissance publique en matière de maintien de l’ordre sont tenues de rembourser à l’État les dépenses supplémentaires qu’il a supportées dans leur intérêt ». Dans la réponse publiée au Journal officiel du Sénat du 5 septembre 2013 (p. 2573) à la question écrite n° 4575 publiée le 7 février 2013, le ministre de l’intérieur indiquait alors que « ces conditions de facturation visent à limiter au strict nécessaire l’intervention des forces de sécurité ». Il apparaît que cette facturation était aussi liée à un objectif de responsabilisation financière des organisateurs d’événements. Dans le contexte créé par la menace d’attentats islamiques et marqué par des risques de mouvement de panique, personne ne comprendrait qu’il soit lésiné sur les moyens permettant d’assurer le service d’ordre des événements. Les obligations à cet égard ont d’ailleurs été renforcées et sont définies par l’État et les préfectures. Dès lors il paraît inadapté de faire peser sur les organisateurs d’événements le coût d’un recours accru aux forces de sécurité dont la décision leur échappe. La menace économique est grande pour les événements culturels ou sportifs, emportant localement de graves conséquences économiques ou sociales. Le monde des festivals est particulièrement menacé. Les organisateurs seront financièrement asphyxiés. L’adaptation de leurs tarifs se ferait au détriment du pouvoir d’achat des spectateurs. Des événements emblématiques d’identités culturelles locales risquent de disparaître à un moment où les événements qui créent de la cohésion sociale sont plus que jamais nécessaires face à l’obscurantisme. Les collectivités territoriales s’inquiètent légitimement de cette menace financière contre ce qui fait leur attractivité culturelle et touristique, et qui permet de générer des emplois. Il lui demande s’il compte adapter son instruction afin que les coûts des mesures de sécurité imposées ne mettent pas en péril les festivals et les événements culturels et sportifs ou s’il envisage de renforcer les moyens de financement auxquels peuvent recourir les collectivités territoriales ou les organisateurs.

L’érotisme cosmique apocalyptique selon Vincent Borel

Paru en 2006, Pyromanes est résolument le roman rêvé de la fête et de l’appel de la forêt. Écrit par Vincent Borel, ancien rédacteur en chef de Nova Magazine, critique du baroque et de Wagner, auteur de plusieurs romans dont le plus connu est « Un ruban noir », Pyromanes est le « Trainspotting » qu’aucun autre auteur n’a réussi à égaler en vérité et sensibilité.

Une scène érotique constelle le récit apocalyptique « Pyromanes » : une artiste plasticienne du courant « destroy art » en performance dans une forêt reculée de la région des Alpes de Haute Provence rencontre par le plus grand des hasards le « Vendredi » local, un enfant sauvage devenu un bucheron ours. C’est la rencontre de la carpe et du lapin sur fond d’étoiles en marge d’une free party, qui déclenche, en effet, la fin du monde… à cause de la foudre qui touche tout ce beau petit monde. La foudre est le doigt de Dieu, attirée par les piercings de la plasticienne et des teufeurs qui sortent transformés de cette intervention cosmique…

Vincent Borel détaille que c’est un carnaval « foldingue », qui met le feu à la campagne. La free party reproduit le rapport entre bohémiens et campagnards… Les teufeurs sont une tribu un peu « magique » non tolérée par les autochtones. Dans l’histoire, une caravane de camions en quête de champignons hallucinogènes frais éclos sur les bouses alpestres se coince au fond du vallon de la Jarjatte, qui ressemble aux monts du Colorado. L’idée de l’auteur était qu’il y ait une montée en puissance du son, un désir de communion mystique, entre des personnages très différents touchés par un phénomène commun. La nature répond de manière encore plus violente que la musique qui déclenche une apocalypse joyeuse… La fin d’un monde n’est que le commencement d’un autre.

Extrait : « Leur chevauchée est longue. Martial (l’homme des bois, ndlr) devient pareil à la barque fendant la mer, Paule semblable au pic-vert ouvrant l’arbre de son bec pour y creuser son nid. Elle sur lui, lui en elle, ils sont comme le ciel marié à la terre, comme le dragon bleu pénétré du dragon vert. Le sang blanc jaillit de Martial. Paule pousse un long râle. Dehors, les loups l’accompagnent en dressant leurs gueules vers la lune. »

C’est un coup de foudre qui transforme la destinée de plusieurs personnages. Un professeur « parpayot » et une racaille niée par sa famille salafiste sont tous les deux foudroyés. Ils deviennent les prophètes de la nature en colère. L’homme des bois et la plasticienne s’unissent à fins de procréation. Un enfant nait…

Ce roman est un passage générationnel sur la nature, l’envie de fuite du monde, le mode de vie nomade des teufeurs… Ce roman illustre une métamorphose comme Ovide l’a rapporté dans les Métamorphoses. La free party est un rite social d’une société qui n’a plus de rite d’accès à la vie d’adulte. Les TAZ (selon Hakim Bey, théoricien libertaire) d’hier sont devenues les ZAD d’aujourd’hui et parfois se rejoignent, le look des « zadistes » n’est pas loin de celui des adeptes de la free. Il y a un mouvement « homme des bois » dans les personnages de Pyromanes qu’on retrouve aujourd’hui dans les luttes contre le bétonnage non concerté ou le mouvement spontané « Nuit Debout ».

On espère la lire avant la fin de notre monde la suite donnée à ce roman délirant.

Retrouvez ici l’annonce de Fraternels, le nouveau roman de Vincent Borel, sur le site de Sabine Wespieser

Cet article a été rédigé pour la revue Jungle Juice #2 édité par Supernova Éditions.

Couverture du livre. En cliquant sur l’image, vous tombez sur la FNAC pour vous le procurer.

La Gendarmerie Nationale aime twitter

« Plagiat, violences et non application de la loi: un week-end actif pour la Gendarmerie Nationale » déclare Technopol par un communiqué faisant suite à un tweet vengeur posté par la Gendarmerie Nationale.

GN

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Plusieurs interventions ont dégénéré en violences entre gendarmes et teufeurs dans des free parties dans le Gard, Vendée et Ile de France avec la saisie de matériel et le décès tragique d’un participant (pour suicide – à vérifier).

Malgré la récente circulaire interministérielle du 31 mars 2015 issue d’un dialogue avec Freeeform, le brillant service de communication de la Gendarmerie Nationale plagie une publicité de l’opérateur Free en rappelant des faits, souvent erronés et certainement inappropriés lorsque l’on a une connaissance minimum des textes de loi en vigueur encadrant les rassemblements à caractère festifs type Free Party, certains textes datant de 2001…

Tweet-Free

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Suite du communiqué : « Habitués des interventions violentes et abusives, des saisies non justifiées, les acteurs de la  free party (ou fête libre selon Jacques Toubon, ndlr) ont pourtant réussi à créer des cadres légaux et sécurisant pour ces événements amateurs, avec notamment les « Multi Sons », les teknivals et plus récemment la circulaire du 31 Mars 2015, reconnaissant en partie la pratique amateur et invitant à ne plus saisir le matériel pour les événements de moins de 500 personnes (comme cela a été le cas en Île de France ce week-end).

Pourtant, lorsque l’on analyse les faits récents, comme par exemple l’intervention de ce week-end à coups de gaz lacrymogènes dans un entrepôt fermé, on constate qu’il existe encore et comme toujours, un décalage important entre les pseudos volontés politiques et l’application des textes de loi sur le terrain.

Il est donc urgent de faire appliquer les textes existants et surtout, de mettre en place une réelle politique d’ouverture pour les événements festifs type Free Party qui constituent une spécificité française de la pratique des musiques électroniques, reconnue dans toute l’Europe et qui a donné lieu a des formes d’expression artistiques et culturelles nouvelles et alternatives. »

Il serait navrant que le gouvernement se prenne les pieds dans le tapis de la free party, comme Lionel Jospin qui avait sorti le fameux décret issu de l’amendement Mariani à la Loi sur la Sécurité Quotidienne entre les deux tours de l’élection présidentielle…

Suite au prochain épisode.

Circulaire interministérielle du 31 mars 2015