C’est peu dire qu’à la sortie de la projo d’Eden mercredi 11 novembre 2014d dernier, où je m’étais rendu dans le 8ème (derrière le Queen !) avec Benjamin Diamond, invité comme journaliste free-lance (lot du like), et en glorieuse compagnie de Christophe Vix-Gras et Christophe Monier du fanzine éponyme dans la salle, je me suis trouvé profondément déprimé.

Je ne sais pas si Facebook va pouvoir me servir de psy mais cette histoire de « DJ sans qualité » (kikou Robert Musil) surfant sur la piste bleue d’une descente d’ecsta débouchant sur une « release party» où le jeune Sven retrouve les Daft Gods, lui l’ex-Rowenta de la coke devenu vendeur d’aspirateurs muraux par correspondance et eux en plein jet-lag hollywoodien m’a entièrement vidé de toute substance.

Réaliste jusque dans les scènes de banque, que l’on a toutes et tous connues un jour ici et quelques beaux «peak times» de clubbing millésimé 90’s (la foule new-yorkaise du PS1, extatique), sans oublier le visionnage collectif du film Showgirls chez David Blot/Macaigne qui donnera naissance à un éphémère groupe disco-pop emmené par Estelle Chardac, le film rappelle parfois que nous sommes au CINEMA et que l’on a besoin de pop-corns : en montrant les Daft « grammifiés » devant l’Eternel en post-ados boutonneux, gauches et frêles (l’acteur qui joue Guy-Man aurait facilement pu être au générique des Beaux Gosses avec Lacoste), Mia Hansen-Love nous venge, nous met de son côté : ahaha les robots ne rentrent même pas en club ! Scène véridique (et very disco) et d’ailleurs il leur arrivait aussi que des videurs – pardon des « physios » – leur apprennent que les Daft étaient déjà rentrés dans une soirée vu que n’importe qui d’un peu déterminé à l’époque pouvait se faire passer pour eux (avant le règne d’Instagram).

Mais n’est-ce pas cette justesse et surtout ce réalisme, un instant détouré par les dessins de Mathias Cousin (*) très présents au début d’Eden qui plongent l’ex-clubber que je suis dans un désarroi aussi profond ? Sans doute étais-je trop proche du sujet. J’avais rencontré Sven à l’époque par l’entremise de la belle Katariina, « sociologue des dance-floors » qui réfléchissait plus vite que les strobos. Sven ? Garçon adorable, DJ doué et surtout en phase avec le mouvement alors que mon premier article s’intitulait « la french touch est-elle de droite » m’avait valu la réputation de « premier hater de France » (c) 1999 – alors que je m’attaquais surtout à l’indifférence de la jeunessee dorée sur tranche de l’Ouest parisien aux affaires étudiantes (et oui j’étais de gauche à l’époque, UNEF Dauphine bébé) donc a priori Sven était mieux parti que moi.

Reste que j’étais aussi assidu aux soirées Respect du mercredi que je le serais plus tard à celles du Pulp le jeudi (Style, Paradise Massage etc…) puis les Mercredyz de Guido : à l’époque je voyais Sven comme le Petit Prince de la house parisienne, ma version lumineuse en quelque sorte, moi le rocker indé perdu sur les pistes d’une house bientôt 100% filtrée tandis que lui passait d’un nuage à l’autre… Sur le moment j’en ai voulu à Mia Hansen-Love, dont j’avais pourtant aimé le premier court-métrage « Après mûres réflexions », d’avoir ainsi réduit ma jeunesse à néant. Elle utilise son personnage de Sven comme un couteau suisse pour ausculter les dessous de la «hype » (nom des soirées de Pedro Winner au Fumoir du Palace) et fait correspondre ses errances et ses faiblesses personnelles à celles d’une génération entière (pour une dizaine de réussites certifiées gold platine, combien de nazes ont fini comme Paul/Félix ou moi ? Même si au fond on ne fait que démarrer ce que la suite « Eden 2 » prouvera sans doute… ) Ne sommes-nous capables de rien d’autre ? Trois gimmicks, dix soirées et hop tous au cimetière des platines rouillées ? Quelle est cette génération qui rêve tant d’Amérique qu’elle se rue dans les cauchemardesques raves d’Eurodisney (où les Daft ont pu rencontrer IRL le label Soma car pas de Facetime à l’époque) pour finir avec un Chewbacca géant dans le salon ou en goguette dans le zoo privé de Hugh Hefner ? Sacrés français, dirait Dimitri From Paris. Moralité, il n’est pas utile de savoir qui a tiré le premier, Laurent Garnier à l’Hacienda, les Daft chez Soma, Air et leur Modulor sur Source Lab, ou de savoir si Pansoul de Motorbass est oui ou non LE chef d’oeuvre absolu de la « french touch » (à mon avis, si). Ni de savoir si Arnaud Fleurent-Didier et sa bande de chanteurs aphones intellos (dont je fus) a eu raison de créer « Frenchtouche », et de riposter à l’invasion US avec le discours de Villepin à l’ONU en 2003 revisité François de Roubaix…

On ne refait pas ce match-là, les jeux sont faits, et Eden sera forcément plus utile aux «jeunes » d’aujourd’hui qui n’ont pas connu le fax et le Kobby – et pensent que les Daft sont VRAIMENT des robots après tout. Pour les « fluovioks » il reste la Respect au Queen de mardi soir prochain pour noyer tout ce chagrin, avec Sven et Kerri Chandler aux platines, le temps de vérifier qu’avec Clubbed to Death, Eden ou 24 Hour Party People on peut encore clubber par écrans interposés… Mon dimanche se termine et j’entends déjà résonner le « Hallelujah » des Happy Mondays…

Guillaume Fédou

(*) co-auteur avec David Blot du Chant de la Machine 1&2, soit l’Ancien et le Nouveau testament de la club culture.

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1 commentaire

  1. Je n’y comprends rien. Quand je pense que c’est toi qui m’a dit que les Daft Punk était un groupe français !

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