Archives de catégorie : Politique Culturelle

Lollapalooza, pratique amateur et politique culturelle

Ce qui a été fait au livre a été refusé en 1985 par les majors, normal elles ne produisaient de la musique que pour alimenter les machines qu’elles construisaient. Pour preuve, les majors dépendaient de la convention collective de l’industrie métallurgique… Aujourd’hui il n’y a que notre Jack pour l’ouvrir face à des fonds d’investissement voyant les festivals comme des marchés captifs de porte monnaie et de « temps de cerveau ». Source

« On aurait été ravis d’accueillir M. Lang sur le festival afin qu’il se rende compte que c’est une initiative locale, faite par une société française qui s’appelle Live Nation France, qui compte 65 salariés et emploie pour l’organisation de Lollapalooza 1.500 personnes, toutes rémunérées, sans bénéficier d’aucune subvention publique », a réagi Matthias Leullier, directeur général adjoint de Live Nation France, filiale de Live Nation.

« C’est dommage de nous mettre dans le même sac que des opérations capitalistiques, alors qu’on est une entreprise qui souhaite s’inscrire localement et dans la durée », a affirmé M. Leullier à l’AFP.

L’économie de la culture sombre dans la crise et l’abnégation comme le démontre avec force la loi Création qui autorise le bénévolat de l’artiste dans le spectacle vivant. Cependant la circulaire reste en suspens, voir la fiche IRMA sur le cadre de la pratique amateur. On peut avoir l’impression que les gouvernements successifs démontent patiemment les réalisations antérieures. Ne parlons pas des arts plastiques dont la part dans le budget 2018 baisse encore. Le CNAC Le Magasin à Grenoble disparaît peu à peu, quasiment plus d’exposition et disparition de l’École du Magasin, seul projet pédagogique sur le commissariat d’exposition.

Ne devenons pas comme l’Espagne, l’Italie ou les États Unis qui ne sont même pas foutus d’avoir un ministère de la Culture, comme le remarque très justement Quincy Jones.

Heureusement le projet de « maison commune de la musique » repart, il y a du bon d’avoir un président libéral. Les professionnels de la musique restent suspendus à la remise du rapport de Roch-Olivier Maistre. Le PDG de Devialet a écrit une tribune sur le sujet fort intéressante : il y a consensus sur le projet. Aurélie Filipetti a avalé les 150 M € que Frédéric Mitterrand avait laissé s’accumuler pour le projet. On repart de zéro désormais. Il faut y arriver.

La musique sur les ondes, retour sur le débat de la PEW

Photo du débat à la Gaïté Lyrique sur la radio

Invité à animer par Fabrice Bonniot à la Paris Electronic Week sur le sujet du devenir des programmes musicaux hertziens et en ligne, j’ai recueilli en direct des propos intéressants de la part des intervenants. Le sujet de la rencontre aurait pu se contenter d’évoquer juste le devenir de la radio musicale à l’heure des plate formes de diffusion musicale. L’éditorial (le talk en language radio) devance en audience celle de la musique, il suffit de voir les audiences sur Médiamétrie. L’info est le premier motif d’écoute selon le CSA. Les chiffres sont clairs.

Source : Médiamétrie Lien vers le communiqué en cliquant

La musique est partout et tend à être payante, en tout cas c’est le voeux des ayant droits, les artistes et les producteurs en particulier… La radio a l’avantage d’être un média gratuit et super accessible vu le taux d’équipement des foyers. L’accès à de la musique de qualité, celle voulue par l’auditeur, est de plus en soumis soit à de la publicité, soit à un abonnement. À l’heure du web mobile (70% de l’audience globale web), le média radio en tant que diffuseur prescripteur de la musique, se repense à l’aune d’équations économiques et artistiques parfois compliquées. 12% de l’audience radio est mobile (Médiamétrie). Faut il ignorer l’évolution des usages comme Christopher Baldelli, président du directoire de RTL ? Celui ci affirme que la radio est « un média de masse, gratuit, individuel et non exclusif (on peut faire autre chose en l’écoutant) ». J’ajouterais que la radio est le média le plus immédiat à mettre en place, la radio a été utilisée après le passage des cyclones à Haïti ou dans les Antilles.

Quand on fait l’inventaire des audiences en France, le verdict est sans appel : le talk devance la musique dans les tympans (voir plus haut). L’Alliance Pour les Chiffres de la Presse et des Médias (APCM) révèle une autre photographie des usages très pertinente et surprenante. Vous noterez l’absence de la radio hertzienne dans le panel des média de cette association…

classement des 15 Marques de Radios digitales les plus diffusées mondialement cet été, avec en détail la part d’écoute France et Etranger Source sur l’image.

Le classement ACPM démontre le succès de pure player comme Radio Meuh, webradio des alpages ayant Laurent Garnier comme résident depuis des années. C’est un signe très prometteur pour les éditeurs indépendants, que Technopol avait défendus face aux ayant droits. Un accord avait été conclu en 2007 avec la SCPP pour les éditeurs électroniques grâce au travail collectif de Nicolas Guillaume – Lamarre, Louis Rouffineau (Vmix.fm) and co, voir le communiqué. Aujourd’hui la licence légale a été offerte grâce à la Loi Création, décriée dans ce blog pour le bénévolat de l’artiste interprète dans le spectacle vivant, le décret n’a toujours pas été pondu par le ministère de la Culture… Enfin le cadre réglementaire français reconnaît un phénomène qui existe depuis 1996 (date du simul casting de Radio FG), bravo !

Autre paradoxe français : la radio numérique terrestre ou DAB. Voulue par une partie des éditeurs, la RNT débarque avec 20 ans de retard, la 4G a pris de court le déploiement, qui a été freiné par les grosses antennes. La RNT offre par contre un confort d’écoute, la 4G sature, on le sait, la bande passante s’égosille en quelque sorte. La RNT pourrait donc sortir son épingle du jeu.

Les radios musicales doivent respecter les quotas de chansons francophones, que les éditeurs en ligne n’ont pas à souffrir, plusieurs stations viennent d’être sanctionnées par le CSA : Fun Radio, NRJ, Radio FG, Radio Nova, Oüi FM, Swigg (ex Ado), ECN (Mulhouse et Colmar) et Raje Nîmes (source).

Comparons les handicaps respectifs des deux média :

La radio hertzienne souffre de : coûts importants techniques de diffusion (émetteurs hertziens), handicap des quotas, redevances SACEM & SPRE (8% du CA publicitaire),

Mais : accès à un marché publicitaire réel, fonds d’aide pour les radios associatives, taux d’équipement quasi total des foyers,

Les webradios et podcasts souffrent de : grande concurrence, non reconnaissance par les annonceurs,

Mais : coûts techniques réduits, peu de redevances de droit.

Quasi 20 ans après ses débuts en France, la webradio est désormais reconnue par le droit et devient un enjeu. Toutes les webradios ne sont pas que musicales, Radiomarais est un exemple de programme de proximité.

Panel : Antoine Baduel, co fondateur & PDG de Radio FG, David Blot, animateur de Nova Club / Radio Nova, Koddi, co-fondateur de PWFM, Anders Sicre, président Le Mellotron, Philippe Thevenet, fondateur & Programmateur de Radio Meuh.

Podcast du débat à venir.

 

La bourse ou la vie, les conséquences de l’État d’Urgence

Alors que le ministère de l’Intérieur rassure les professionnels du Tourisme sur les attaques diverses et variées (voir actu), les forces de l’ordre salent parfois la facture du coût sécurité quand il s’agit d’un festival de musiques actuelles et encore plus quand il s’agit d’un événement électronique.

J’ai joint ma voix à un collectif d’organisateurs électroniques soutenus par Freeform et Technopol – Techno Parade pour demander une grille tarifaire aux conventionnements de sécurité dans Le Monde.

Technopol récolte les témoignages d’organisateurs ayant eu à s’engager à payer des prestations de service par des préfectures ou gendarmeries, formulaire à diffuser.

État d’Urgence pour la musique : les festivals payent l’état pour leur sécurité.

Quand le gouvernement de Nicolas Sarkozy prend en 2010 un décret autorisant les services de l’État à facturer l’intervention des services des forces de l’ordre sur des manifestations publiques, celui-ci ne vise que les très grands rassemblements, principalement les matchs de foot qui génèrent beaucoup d’argent et pour lesquels la collectivité doit assumer des coûts importants en matière de maintien de l’ordre. Mais depuis deux ans, dans le contexte d’état d’urgence, cette facturation s’étend progressivement à de plus en plus de manifestations culturelles et de festivals de musiques actuelles, surtout les événements électro.

En plus de poser de sérieuses questions sur le rôle de l’état et la place de la culture dans notre pays, cette pratique en prenant de l’ampleur est devenue une source d’instabilité économique et juridique pour ceux qui font vibrer le public français.

Si les organisateurs déposent plusieurs mois à l’avance leurs dossiers de sécurité en préfecture, les « devis » des gendarmes ne leurs sont adressés que quelques jours avant la date de la manifestation. Ces factures pouvant se chiffrer en dizaines de milliers d’euros, elles mettent en danger l’équilibre financier de projets souvent fragiles d’autant plus qu’il n’existe aucun moyen d’anticiper leur montant.

Ce « prestataire » atypique, service déconcentré de l’État, est à la fois juge et partie. Aucune contestation n’est possible et pas de mise en concurrence. La préfecture décide unilatéralement du niveau de la prestation dont le montant doit obligatoirement être accepté et payé d’avance à 60%. Si le « client » conteste le “devis”, le préfet-prestataire peut décider d’interdire la manifestation ou imposer d’autres dépenses de sécurité. Les risques sont grands pour qui oserait protester auprès d’une autorité au pouvoir discrétionnaire en matière de sécurité et c’est l’omerta sur les montants facturés.

Dans un contexte d’état d’urgence et de budgets restreints, les préfectures peuvent prononcer une interdiction sans avoir à la justifier réellement. Organiser un événement culturel équivaut à jouer à la roulette russe avec son compte en banque. Si certaines multinationales du live peuvent absorber de tels coûts, les acteurs indépendants et associatifs doivent parfois faire des coupes importantes dans leur budget artistique, ou jeter l’éponge.

Encore plus surprenant, les montants facturés varient selon les préfectures et les organisateurs. Selon l’application plus ou moins scrupuleuse des directives ministérielles par la préfecture, selon le soutien des élus locaux et la lecture du projet culturel en question par les gendarmes, on constate des écarts de 1 à 10 pour des manifestations équivalentes. Une étonnante facturation « à la tête du client » qui fait s’interroger sur le sens de l’état. La cour des comptes pointait récemment dans un rapport confidentiel (Le Point, 8 juin 2017) l’absence de prise en charge du cout des 400 CRS mobilisés par le Printemps de Bourges alors que les gendarmes bretons réclamaient 12 000 euros pour une fête techno amateur de 2000 personnes dans la campagne finistérienne.

Le décret sur lequel se basent ces facturations précise qu’elles peuvent avoir lieu « lorsque les intervention des forces de l’ordre ne peuvent être rattachées aux obligations normales incombant à la puissance publique en matière de sécurité et d’ordre publics ». La culture et la fête sont les premières cibles des terroristes en Europe et pourtant ce sont les acteurs visés qui doivent autant en supporter les conséquences.

Fragilisés par la baisse de fréquentation post attentats en 2015 et le doublement des dépenses sécurité en dix ans, les acteurs culturels sont victimes d’une « double peine ». Ils sont pourtant des moteurs essentiels de la vie culturelle, créateurs d’opportunités économiques non négligeables et d’emploi non délocalisables. Pourtant Culture et Tourisme pèsent 18% du PIB.

Le pouvoir discrétionnaire des préfectures, doublé de ce rôle de prestataire de sécurité, est source d’instabilités juridique et financière. Il est temps de créer un cadre légal précis pour ces décisions administratives dont les conséquences se mesurent parfois en millions d’euros. Pour le justiciable, le recours au référé d’urgence n’est pas possible la veille de l’ouverture des portes.

Les acteurs du secteur sont responsables, pleinement conscients des risques liés au terrorisme et de la fragilité des services publics soumis à de grandes contraintes, mais cela doit se faire dans la transparence et l’équité. C’est ensemble, de manière concertée et solidaire, que pouvoirs publics et acteurs culturels doivent agir. On ne peut se limiter à une lecture comptable pour la sécurité de la culture.

La première étape de ce débat public est une table ronde mercredi 20 septembre prochain à la Gaité Lyrique lors de la « Paris Electronic Week » lors de la semaine de la Techno Parade.

Signataires :

•Tommy Vaudecrane, Technopol / Techno Parade

•Samuel Raymond, Freeform

•Jack Lang, Ministre de la Culture / Président de l’IMA

•Aurélien Dubois, Weather Festival Paris

•Mathieu Guerre Berthelot et Gildas Rioualen, Festival Astropolis

•Christophe Vix Gras, Chevalier des Arts et des Lettres et défenseur historique des musiques électroniques

Sources juridiques :

– Arrêté du 28 octobre 2010 fixant le montant des remboursements de certaines dépenses supportées par les forces de police et de gendarmerie NOR: IOCF1022874A, Version consolidée au 27 septembre 2016,

– Décret n° 97-199 du 5 mars 1997 relatif au remboursement de certaines dépenses supportées par les forces de police et de gendarmerie, NOR: INTC9700053D, Version consolidée au 27 septembre 2016

Embrouilles techno ?

Alors que Concrete célèbre une autorisation d’ouverture mensuelle accordée par la Préfecture de Police (voir l’exclu donnée à Trax), d’autres rament pour se faire entendre, ce que nie pas Aurélien Dubois, le boss de Surprize (Concrete, Weather, CSCAD / UMIH, Technopol…), qui clame même dans le Trax 200 consacré à la peur du Front National : « Il faudrait une structure qui regroupe tous les acteurs du milieu ». Question : à quoi sert Technopol – Techno Parade ???

Pendant ce temps, les teufeurs poussent leurs wagonnets au fond de la mine et avancent méthodiquement dans la pure tradition autonomiste et responsable de la Techno et sans crier gare.

Le communiqué envoyé ce genre à la presse est claire : « laissez nous danser ! ». Quand on voit qu’une préfecture publie des photos constatant l’extrême propreté d’un terrain utilisé pour une fête, on ne peut que constater que de l’eau sous les ponts, mais pas sous celui de Technopol, censé défendre les intérêts de tous les acteurs, amateurs, semi pros et pros…

Donc en cette veille printanière, on ira défendre l’utopie techno lors d’une manifestive à Paris, Marseille, Berlin, Dresde ou Montréal. Allez, danseurs de tous les pays, unissez vous !

Le communiqué en cliquant sur l’image

Il faudrait également revenir sur l’excellente étude sur les musiques électroniques de la SACEM, qui ne fait pas l’impasse sur les femmes comme French Waves (sic et re sic), projet transmedia bien réalisé par le jeune Julian Starke de Pains Surprise destiné à la nouvelle élite mondiale.

La Sacem, qui avait reconnu à l’artiste sociétaire un douzième des droits d’exécution publique versés par l’organisateur de la séance où il se produit en accord avec Technopol en 1997, reprend le fil du dialogue 20 ans plus tard grâce à l’entregent de Jean-Noël Tronc. La conférence dans le cadre du Mama était pas mal du tout. Les deux rapporteurs ont bien travaillé, même si les statisticiens de la Sacem ont du jouer les apprentis sorciers pour affirmer que la part de l’électro dans le biz de la Sacem reprèsente 416 M €. Il faudrait y ajouter la partie discographique et streaming pour y voir plus clair. Toutes les études et enquêtes menées pour Technopol pendant mes 14 ans de loyaux services ont démontré une énorme disparité de chiffre d’affaires, de statut juridique et de projet entre les acteurs électroniques. Cela en fait tout l’intérêt. Après tout on ne parle pas de VRP en machines outils…

Notre beau pays a 400 fromages et autant de collectifs électroniques

A l’heure où notre cher Ministère de la Culture déboulonne la présomption de salariat en accordant le bénévolat de l’artiste dans le spectacle vivant (merci la loi la plus damnée du quinquennat de Hollande dite « Création »),

A l’heure où l’article issu du député le plus poutinien de la classe politique (Thierry Mariani), le fameux article 53 de LSQ voté entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2002, continue de ne pas être appliqué,

a l’heure où la politique culturelle va bientôt se résumer au « chapeau » et au « fait du prince », les musiques électroniques peuvent n’être qu’un artefact de plus.

Heureusement, il nous reste la musique. Comme dit si bien Manu Dibango « la musique, on en parle pas, on l’écoute ! ».

Mis à jour mercredi 15 mars 2017

Morosité ambiante à Paris ?

ph-accueilPublic

Un article du Parisien en date du X rapporte la morosité des lieux de nuit parisiens. Alors que la Ville de Paris rechigne à animer l’Observatoire des Lieux de Vie et de Diffusion Culturelle, pourtant cité dans la présentation du PassNuit Parisnightlife, qui va être lancé prochainement, la Préfecture de Police de Paris semble persécuter les exploitants d’après ce fameux article.