Archives de catégorie : Politique Culturelle

Organisateurs électros, manifestez vous !

 

Initiée en 2012 par l’association Technopol, l’enquête auprès des organisateurs électroniques continue avec un formulaire qui permet de se manifester. Vous continuez à vous enregistrer, alors continuons !

Les contacts récoltés permettront d’envoyer un mini questionnaire dans les mois à venir.

Cela pourra servir à une prochaine enquête.

Avec la création du FOUF pour Fédération des Organisateurs Unis dans la Fête des collectifs parisiens, la poursuite du travail de défense de Freeform et de Technopol, l’étude de la Sacem sur « Les musiques électroniques en France » l’organisation d’événements électroniques reste un enjeu de structuration.

Lien formulaire

Manifester & danser pour ses idées

Aujourd’hui samedi 24 septembre 2016, Paris danse sous le soleil. Après la Marche des Fiertés, c’est au tour de la Techno Parade de réveiller le pavé parisien. Malgré les attaques multiples contre nos libertés depuis Charlie Hebdo, on manifeste et danse encore en France. Cela veut dire que cela a du sens. Danser = vivre ! Les deux manifestations ont des points communs et se complètent. Explications.

Une Marche des Fiertés qui a du sens mais qui manque de son

La Marche des Fiertés offrit un panorama des plus engagés, du cortège des trans énervées du STRASS au char des folles étudiantes écolos en peau de mouton au véhicule militaire des cuirettes de l’ASMF, les LGBTI étaient dans la rue. C’était certes dommage qu’au lendemain de l’attentat homophobe à Orlando, une plus grande manifestation de personnalités ne se soit pas exprimée à l’encontre de possibles autres victimes de l’homophobie rampante que nous connaissons à tous les étages de la société.

C’est pourquoi, je tente de lancer une collecte de fond au profit de la lutte contre l’homophobie avec le SNEG & Co, l’Inter LGBT et Radio FG sont OK. Ça avance !

Revenons à nos moutons. Ce qui est bien est que le défilé ait lieu, mais il manque de démarche artistique et d’ambition. Aucun établissement LGBTI n’est visible sur le parcours (même pas Rosa Bonheur qui soutient Lesbotruck), il y a un hic. Ce hic devrait s’estomper si une collaboration vertueuse peut se créer entre les membres du SNEG et les associations du SNEG & Co. Allez, on y croit, rendez vous en 2017.

Choc de la Marche, ce char était en fait celui du tournage du film sur Act Up Paris par les réalisateurs

Choc de la Marche, ce char était en fait celui du tournage d’un film sur Act Up Paris !

Pour un diaporama plus complet, consultez celui de Yagg.

Une Techno Parade pleine de sons mais qui manque de sens



Il fait beau en ce jour de Techno Parade. Elle défile encore avec ses dix chars hardcore, techno, EDM, breton, hollandais et de BDE. C’est un exploit du à la ténacité de Technopol et des pouvoirs publics, qui ont joué le jeu pour que la fête de rue existe et fasse danser Paris. Le dispositif de sécurité mis en place par la Préfecture de Police est efficace, cela réduit le #bingedrinking grâce aux fouilles et cela rassure tout le monde.

Les chars se sont aligné sur le quai haut François Mitterrand (un symbole) face à un Musée du Louvre rayonnant dans ce soleil d’été indien. Deux chars hardcore illustrent l’ancrage dans la culture techno, dont celui du festival Hardshock de Hollande. Bravo au char Breton qui porte brillamment la coiffe bigoudene.

Seuls les ministres Audrey Azoulay et Jack Lang ont fait le déplacement pour soutenir la manifestation et Technopol. La déclaration de la ministre de la Culture & de la Communication est appréciable et affirme le soutien du ministère à l’éco système électronique, qui fera l’objet d’une étude spécifique soutenue par la Sacem et Technopol présentée au Mama le 12 octobre prochain.

La manifestation aurait pu être le moment d’une annonce politique concernant la Jeunesse, thème du quinquennat actuel, sur les « rassemblements festifs ». Ayant tenté d’annuler auprès du Conseil d’État le décret issu de l’amendement Mariani (intégré à la loi Sécurité Quotidienne adopté entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2002), Technopol aurait en toute logique accueilli positivement l’annonce d’un assouplissement de la réglementation en cours de révision actuellement par Freeform (voir ici). Les propos du préfet de l’Aude illustrent le travail de médiation indispensable. Près de 4000 rassemblements ont lieu chaque année selon Freeform sans que la réglementation soit appliquée… Pour les organisateurs électroniques pros, la situation reste parfois délicate, comme l’a démontré les difficultés encontrées par Alter Paname lors de leur événement à Villepintes le 1§ septembre dernier. Sur ce sujet, la conférence sur les collectifs lors de la Paris Electronic Week réalisée par Technopol à la Gaïté Lyrique en amont de la parade est très intéressante. Otto 10 déclare ne rien organiser à Paris, c’est trop compliqué. On peut constater que la Seine Saint-Denis n’est pas simple non plus.

Il y a encore du travail sur le terrain

Il y a encore du travail sur le terrain

On n’arrête pas un peuple qui danse et qui vote.

Une Ecole des DJ paradisiaque

Sur invitation de Pascal Tassy, directeur de l’École des DJ / UCPA, j’ai fait une intervention sur la Techno Parade jeudi 16 juin dernier à l’École des DJ du Normandoux (près de Poitiers) créée par l’UCPA avec le soutien de l’UMIH (1er syndicat en France pour les CHRD). L’intervention portait sur deux sujets : la Techno Parade et les nuits parisiennes. Il était question de faire un témoignage utile pour la quarantaine d’apprentis de l’École pour leur future carrière.

Avec le diaporama extrait de la rubrique historique de technoparade.fr, les apprentis ont écouté avec attention les raisons de la création de la « manifestation festive & revendicative », le mode opératoire en matière technique et administrative et la présentation du Guide du Chariste de l’édition 2016. Les apprentis ont été nombreux à savoir comment réaliser son propre char. Il semblerait que la production d’un char « École des DJs » suscite de l’intérêt et serait un projet excitant pour les quatre promotions des écoles, en effet il y a deux sites pour l’école, Lyon (site historique) et le Normandoux.

La présentation des nuits parisiennes a été illustrée par la présentation réalisée pour la table ronde sur le dynamisme de la scène électronique en Ile de France avec le RIF en septembre 2014. Ce document montre la diversité des « employeurs » potentiels des futurs DJs. Une carrière de DJ se gère désormais au long cours. Avoir des gigs et des résidences à Paris est un rêve pour les apprentis. L’intervention a aussi permis de décrire le support qu’offre le réseau Technopol à ses adhérents et aux DJs en voie de professionnalisation.

Cette intervention a démontré une fois de plus l’intérêt que suscite la Techno Parade encore aujourd’hui dans l’imaginaire collectif. L’école est installée au cœur du domaine hôtelier du Normandoux dirigé par Laurent Lutse, en charge de la Nuit à l’UMIH, qui a vu le potentiel pédagogique d’une telle localisation. L’école est dans un écrin de verdure, les apprentis profitent d’un cadre idéal pour décrocher leur diplôme. C’est presque le paradis.

Article repris par Technopol

Crise au Magasin : contexte de la clôture de la pétition en soutien à Yves Aupetitallot

Ou lettre imaginaire à Audrey Azoulay pour une vraie pétition.

L’art monopolise certains esprits. La pétition en soutien à Yves Aupetitallot se clôt sur fond d’amertume et d’espoir. L’amertume qu’un professionnel de cette stature n’ait d’autre choix que de plaider prochainement son droit  auprès du Conseil des Prud’hommes de Grenoble. L’espoir que le soutien affiché de nombreux acteurs du monde de l’art relayé en France par le Quotidien de l’Art & Art Press attire votre attention sur sa situation particulière dans un environnement où les pouvoirs publics semblent de plus en plus ignorants des réalités des scènes artistiques et culturelles qu’ils entendent pourtant soutenir

Votre administration a t elle par exemple voulu bien faire en mettant en place un appel à candidature pour le pavillon français de la Biennale de Venise ? Le règlement, pondu par la DGCA (Direction Générale de la Création Artistique), demande un « projet » financé équilibré ajusté et défini. L’artiste est un maillon de l’industrie culturelle, voire de l’économie tout court. L’emploi culturel est alimenté (entre autres) par 26 écoles des Beaux Arts crachant ses promotions inexorablement dans les files d’attente des CAF pour le RSA. Désormais, vos services demandent aux impétrants plasticiens de la Biennale de Venise de candidater selon des critères aussi bien artistiques que financiers (lien). Voulant faire fi du simple pouvoir discrétionnaire de l’État, cette méthode veut valoriser l’action du ministère, mais 12 commissaires d’exposition la dénoncent par voie de presse (Les Inrocks du 22 avril).

Grenoble n’est pas Venise, mais ça peut aussi prendre l’eau. Le CNAC Le Magasin reste le plus grand centre d’art soutenu par votre ministère hors de Paris et son directeur a été remercié pour faute grave en seule réponse aux deux procédures engagées par lui en raison notamment de la négation de l’autonomie de sa programmation… ce qui n’honore ni les exigences du droit du Travail ni les termes de la Loi sur la Création artistique que vous portez. En tout cas la Présidente du CNAC n’a pas manqué, dans les foisonnantes motivations du licenciement d’Yves Aupetitallot, d’invoquer son exposition Seydou Keïta au Grand Palais dont le succès public et médiatique souligne l’excellence. Les artistes et la scène artistique française doivent-ils considérer que cette exposition sera sa dernière création ?

Aujourd’hui, le comité de soutien à Yves Aupetitallot, vous remet par voie postale la pétition qui rassemble 779 signatures d’artistes et de professionnels de la création contemporaine, soit 223 membres du comité de soutien et 556 pétitionnaires en ligne.

Téléchargez la lettre à Audrey Azoulay, ministre de la Culture & de la Communication.

Illustration : Olivier Mosset et Yves Aupetitallot, Lausanne, 2003.

Une Loi Création bénie

Un avenir radieux pour les artistes interprètes

Dessinée par Aurélie Filipetti, portée et adaptée par Fleur Pellerin puis en cours de maïeutique par Audrey Azoulay, la Loi Création est un ensemble de mesures portant sur l’architecture, l’urbanisme, les archivistes, les quotas radiophoniques et le spectacle vivant (cf. le communiqué de presse et dossier sur le site du ministère ici ).

La mesure 16 du projet de loi concerne la pratique amateur dans le spectacle vivant : « Le projet de loi vise ainsi à reconnaître et valoriser les pratiques amateurs en France tout en s’attachant à défendre l’activité professionnelle et l’emploi culturel ».

Cette mesure se traduit par un amendement du gouvernement n°473 en date du 29 septembre 2015 : « Le Gouvernement a souhaité reconnaître et valoriser la pratique amateur et a mené une concertation approfondie qui est parvenue à un point d’équilibre permettant cette reconnaissance sans remise en cause de la présomption de salariat.

Pour renforcer cet équilibre, il doit être clairement rappelé au III de l’article que la pratique amateur définie au I de l’article 11A comme une activité artistique non rémunérée doit se faire sans préjudice de la présomption de salariat. » Source

Il est vrai que le décret de 1953 sur la pratique amateur sentait un peu trop la kermesse paroissiale et la chorale. Il fallait réformer mais non « uberiser » le spectacle. Cette réforme fait fi des expériences originales et alternatives des musiques actuelles. Depuis des lustres, des artistes constitués en collectifs se produisent de manière autonome, non commerciale et responsable. Selon Samuel Raymond de Freeform, « il y aurait un cadre propre au secteur solidaire et alternatif à définir pour tous les bars, les chorales, la musiques trad, les fest-noz, les bandas, les fêtes votives et les free parties qui ne seraient plus à la merci d’un contrôle URSSAF et des forces de l’ordre. Le bénévolat de l’artiste interprète et des techniciens du spectacle devrait être réservé au non commercial et causes d’intérêt général. » À réfléchir.

Les contributions du Sénat

La présidente de la commission Culture du Sénat, Madame Catherine Morin-Desailly (UDI), en lien avec Jean-Pierre Leleux (LR), rapporteur du projet de loi au Sénat, ont oeuvré pour l’encadrement de la nouvelle réglementation. M Leleux a rédigé un rapport sur le projet de loi et amendé l’article 11A  « afin d’éviter tout effet d’aubaine de la part de structures de spectacles ». Un encadrement du bénévolat est évoqué par le législateur (voir plus bas).

Malgré toutes ces préventions, il est fort à parier que le bénévolat des artistes amateurs (et donc par là des semi pros) connaisse un dérapage. En 25 ans de carrière, je n’ai jamais connu de contrôle d’inspection du Travail ou URSSAF sur le terrain. La musique n’est elle pas quasi devenue gratuite désormais comme l’illustre le schéma ci dessous de l’Adami ?

Mme Morin-Desailly détaille les mesures envisagées pour cadrer l’application du bénévolat :

« Le dispositif tel que voté par l’Assemblée Nationale (sur proposition du Gouvernement) prévoit déjà plusieurs garde-fous destinés à éviter tout effet d’éviction des artistes professionnels par les amateurs dans les représentations à visée commerciale :

– le nombre de spectacles faisant intervenir des amateurs serait plafonné (par voie réglementaire, probablement à 30 d’après nos informations),

– les structures pouvant faire appel à ces amateurs doivent avoir dans leurs missions l’accompagnement des pratiques amateurs.

De surcroît, réunie fin janvier 2016, la commission Culture du Sénat a adopté plusieurs amendements visant à renforcer cet encadrement :

– elle a revu la définition de l’amateur afin de le distinguer plus clairement de l’artiste professionnel,

– elle a précisé que les missions d’accompagnement des amateurs (qui permettront à certaines structures de faire appel à ceux-ci) devront être établies dans une convention avec une ou plusieurs collectivités publiques. « 

Texte en cours d’adoption :

Article 11 A (nouveau)

I. – Est artiste amateur dans le domaine de la création artistique toute personne qui pratique seule ou en groupe une activité artistique à titre non professionnel et qui n’en tire aucune rémunération.

L’artiste amateur peut obtenir le remboursement des frais occasionnés par son activité sur présentation de justificatifs.

II. – La représentation en public d’une œuvre de l’esprit effectuée par un artiste amateur ou par un groupement d’artistes amateurs et organisée dans un cadre non lucratif ne relève pas des articles L. 7121-3 et L. 7121-4 du code du travail.

Par dérogation à l’article L. 8221-4 du même code, la représentation en public d’une œuvre de l’esprit par un artiste amateur ou par un groupement d’artistes amateurs relève d’un cadre non lucratif, y compris lorsque sa réalisation a lieu avec recours à la publicité et à l’utilisation de matériel professionnel.

Le cadre non lucratif défini au deuxième alinéa du présent II n’interdit pas la mise en place d’une billetterie payante. La part de la recette attribuée à l’artiste amateur ou au groupement d’artistes amateurs sert à financer leurs activités et, le cas échéant, les frais engagés pour les représentations concernées.

III. – Sans préjudice de la présomption de salariat prévue aux articles L. 7121-3 et L. 7121-4 du code du travail, les structures de création, de production, de diffusion, d’exploitation de lieux de spectacles mentionnées aux articles L. 7122-1 et L. 7122-2 du même code dont les missions prévoient l’accompagnement de la pratique amateur et la valorisation des groupements d’artistes amateurs peuvent faire participer des artistes amateurs et des groupements d’artistes amateurs à des représentations en public d’une œuvre de l’esprit sans être tenues de les rémunérer, dans la limite d’un nombre annuel de représentations défini par voie réglementaire, et dans le cadre d’un accompagnement de la pratique amateur ou d’actions pédagogiques et culturelles.

La part de la recette des spectacles diffusés dans les conditions prévues au premier alinéa du présent III attribuée à l’artiste amateur ou au groupement d’artistes amateurs sert à financer leurs frais liés aux activités pédagogiques et culturelles et, le cas échéant, leurs frais engagés pour les représentations concernées.

Source

La licence d’entrepreneur de spectacle sert désormais à garantir la présomption de salariat et le paiement des taxes (dont CNV) et redevances de droit (Sacem, Spre). Cette présomption née des accords de Grenelle de 1969 a permis à la licence, née d’un décret impérial de 1864 puis modifié par en 1941, 1945 et 1998, de s’adapter. Aujourd’hui délivrée par une commission en DRAC composée de représentants des salariés et de l’État, la licence demeure une exception française. Seule la République Populaire de Chine en fait usage.

L’article 11A peut autoriser une forme d’exploitation des bonnes volontés et de la misère des musiciens, comme le montre le tableau de Fernand Pelez (1888, Petit Palais). Cette loi est peut-être un pain béni pour certains et fait peser un risque supplémentaire pour les artistes intermittents. Le Medef souhaite revenir sur le financement de l’assurance chômage des intermittents (avril 2016), cette loi pourrait faciliter la tâche en quelque sorte, sans résoudre le problème de l’aide à la création (la vraie, pas celle des comptables ou livreurs ou des stars des TV).

La CGT fait sa pétition contre l’article 11A.